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Corps, accordsMardi 12 Janvier 2010
Il y a artiste et artiste. Les premiers cherchent à réaliser des œuvres dans le but de plaire, d’offrir aux autres un moment de joie, un partage. Les seconds évoluent sans cesse, se sondent au plus profond d’eux-mêmes, développent leur idée, la malmènent, la poussent dans ses derniers retranchements. Les premiers sont généralement satisfaits de leur travail, les seconds se remettent continuellement en question, doutent…. Véronique Gendebien appartient indéniablement à cette deuxième catégorie. Pas du tout du genre à se prendre la tête, cette petite femme, d’apparence timide et réservée, cache en elle de véritables trésors. Exigeante avec elle-même, elle recherche une certaine forme de pureté, va droit à l’essentiel, sans détour ni chichi. Nivelles Capital a poussé les portes de son atelier et a découvert une sculptrice nivelloise en pleine évolution.
N.C. : Sculpter, une passion qui vous vient d’où ?
V.G. : Je ne suis pas issue d’une famille d’artistes. C’est à l’école, il y a des années, lors d’un stage d’expression que j’ai découvert le plaisir de modeler la matière. À partir d’une boule de terre, j’ai façonné une petite bonne femme toute recroquevillée. J’ai trouvé cela génial. Plus tard, je me suis inscrite à un cours de poterie. Très vite, je me suis écartée des formes classiques, des visages apparaissaient dans mes vases, mes pots. Ce qui me plaisait, c’était de créer. Je suis maintenant des cours à l’école des Arts à Braine-l’Alleud. J’y apprends énormément et peut-être surtout à regarder mon travail. N.C. : Quel est votre matériau préféré ? V.G. : Pour le modelage, j’aime travailler la terre. On peut la tordre, la plier, la brutaliser. Elle est très malléable. Mais on est limité par sa résistance. Pour cette raison, je travaille également le plâtre. Je peux créer de grandes œuvres. Comme je n’aime pas sa blancheur, je le patine. Il prend alors un tout autre aspect. Quand je taille, j’apprécie beaucoup le bois ou la terre dure. N.C. : Modeler et tailler, la démarche est-elle différente ? V.G. : Modeler, c’est partir de rien. J’ai l’impression d’être spectateur de ce que font mes mains. Elles démarrent toute seules et je découvre comme par enchantement ce qu’elles façonnent. Je vois un dos, une courbe évocatrice… et les idées s’enchaînent, la forme prend corps. C’est un réel moment de grâce. Pour la taille, c’est un peu différent. On part d’un tout et l’on tente de découvrir la forme cachée à l’intérieur.
N.C. : Vous travaillez principalement les corps ?
V.G. : J’ai toujours été attirée par les volumes. Le corps nous parle à tous, c’est universel. Ce que je cherche, c’est donner l’expression d’un mouvement, d’une contorsion, d’une tension. Mon style a évolué. Au début, je créais des personnages entiers, esthétiques. J’ai dépassé ce stade. Mes personnages perdent petit à petit leurs bras, leur tête… je cherche à aller à l’essentiel, à simplifier au maximum, à m’approcher d’une forme de pureté qui allie équilibre et expressivité sans pour autant que l’œuvre devienne froide. Je m’oriente vers une forme d’abstraction. Les détails, ça ne me correspond pas. Au début, j’étais très fière de savoir sortir quelque chose de moi. J’étais plus dans une démarche décoratrice. Maintenant, je ne suis plus aussi contente parce que je veux toujours aller plus loin, vers plus d’exigence. N.C. : Il y a plein de sculptures dans votre atelier, êtes-vous conservatrice ? V.G. : Pas vraiment. Je ne suis pas attachée aux objets. Si je les conserve, c’est plus pour garder en mémoire mon travail. En les regardant, j’apprends aussi à évoluer. Mon but n’est pas de faire pour avoir… c’est un cheminement. L’important, c’est de chercher, sans jamais s’arrêter. C’est comme un devoir, sans fin. N.C. : Depuis quelque temps, vos personnages évoluent dans des sortes de cages. V.G. : Une amie m’a dit que c’est depuis que je suis venue habiter derrière la Prison. Si c’est vrai, c’est inconscient… Au début, les structures étaient là pour accrocher mes personnages, maintenant, ils sont devenus presque un prétexte pour créer une structure. C’est une révolution dans mon travail, je dois avouer que je ne sais vers quoi je vais.
N.C. : On dit que vos sculptures font penser aux oeuvres d’Henri Moore ou de Bacon.
V.G. : C’est flatteur. Ce n’est pourtant pas une volonté. Je n’ai pas d’influence particulière. J’aime consulter des ouvrages d’art contemporain ou regarder des reportages télé, cela me permet d’engranger des tas d’images… et puis ça ressort comme ça veut. Personnellement, j’aime assez le travail sur pierre d’Eugène Dodeigne. N.C : A quand une exposition ? V.G. : Je n’ai pas encore effectué de démarche pour cela. Avant, je ne me sentais pas prête. Exposer son travail, ce n’est pas évident. Mais l’idée est tentante. Si on me le demandait maintenant, je ne crois pas que je refuserais. Je pourrais savoir si mon travail vaut quelque chose, s’il est compris. La critique pourrait être intéressante. Au début, on sculpte pour soi, mais à un moment, il faut se défaire de son travail, pour qu’il nous quitte et rencontre d’autres regards. JiWay
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