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Entre tissage et tramage, deux univers s’entrecroisentMardi 12 Janvier 2010
Marie tisse les couleurs, tresse les matières et les univers, croise l’imagination et la réalité. Maryse trame les non-dits, plonge dans l’introspection des vides et des pleins, débusque les clairs et les obscurs. Deux femmes explorent, avec art et méthode, les horizons de leurs talents: artistes, féminines, amies, aventurières, elles se ressemblent autant qu’elles sont dissemblables. Ces deux univers croisés ont fini par s’entrecroiser pour créer, le temps d’une exposition, un monde ni parallèle, ni fusionnel, mais tout simplement nouveau.
Quand les femmes s’emmêlent…
Qu’est-ce qui a bien pu faire se rencontrer ces deux femmes aussi fougueuses, créatives, riches et denses, et … douées? Le simple fait d’être peintres et nivelloises ne suffisait pas. Leurs démarches? Leurs recherches? C’est autour d’une tarte al djote (ce serait la gourmandise???) dégustée… sans beurre (non, ce n’est pas ça !!!) que le secret est dévoilé. N.C.: Votre rencontre n’est pas tout à fait fortuite… Marie: C’est Thierry, de la Papeterie de Nivelles, qui nous a mises en contact. Il aime s’intéresser aux artistes et est un vrai curieux des univers de chacun. Il connaissait la démarche de l’une et l’autre. Il est apparu que nous étions dans une recherche artistique d’univers assez parallèles.» Maryse: «Nous sommes pourtant actuellement dans des domaines techniques totalement différents: Marie peint à l’huile, je «peins» par ordinateur! Où nous nous sommes rencontrées, c’est sur le fond, je peux même dire sur la trame. Marie est fascinée par la vannerie. Je suis obsédée par les trames. L’une et l’autre, nous sommes dans des croisements et des intersections…
N.C.: Comment êtes-vous arrivées à cette démarche?
Marie: J’ai découvert, il y a quelque temps, le plaisir de tresser de l’osier. Ce matériau est noble, souple, chaleureux. Il sent bon… Cette rencontre avec la vannerie a coïncidé avec la découverte du peintre Roger Bissière, un peintre français de la génération de Viera da Silva et de l’école d’abstraction lyrique. Ces rencontres ont influencé mon travail. En tant que peintre, je me connais, je connais ma technique, mon travail. Quand on peint depuis longtemps, on doit oublier ce qu’on a appris, on doit oublier qu’on sait composer pour laisser libre cours à l’intuition. La vannerie m’a aidée à redécouvrir mon univers, comme les toiles de Roger Bissière. Mes recherches géométriques ont trouvé une nouvelle veine avec ces découvertes… Je lis la réalité comme des images tissées, je suis fascinée par la chaîne et la trame, et je suis aujourd’hui face à une nouvelle liberté dans ma peinture. Maryse: Ma démarche n’a pas le même sens, tout en ayant des similitudes… Je continue ma recherche, mon introspection des intérieurs. Quand je peins mes intérieurs vides, je cherche à voir ce qu’il y a «dedans» pour capter l’essentiel de cet intérieur ou de ce vide. C’est une nappe à carreaux dans un tableau de Bonnard qui a déclenché une nouvelle curiosité: qu’est-ce qui se cache dans la trame? J’ai eu envie de découvrir l’intérieur, et de là, de réinventer le regard: la pub pour la lessive où l’on voit le mec entrer dans les tissus et chasser les tâches m’a fascinée… J’ai scanné des essuie-mains et cherché ce que l’outil «ordinateur» me donnait comme réponse quand j’agrandissais 1cm2. J’ai découvert des rythmes, des horizontales et des verticales tissées entre elles, comme la vannerie de Marie… N.C.: Vos outils sont radicalement différents. Comment interviennent-ils dans votre travail? Marie: Je peins toujours sur une toile: il y a déjà la matière du support. J’utilise toujours la peinture à l’huile avec laquelle j’ai une véritable connivence et dans laquelle je retrouve assez de richesse, c’est une matière qui continue de m’inspirer, riche, sensuelle. La vannerie, c’est venu un beau matin: j’ai commencé à tresser des personnages. D’où ça vient? Un jour, on regarde son panier à bois ou son panier à pommes autrement. C’est la découverte d’une troisième dimension et j’ai ouvert mon horizon. Cela a influencé la peinture, sans que ce soit prévisible. Maryse: Dans une démarche artistique globale, on peut employer tous les objets disponibles à partir du moment où cela reste cohérent. En peinture, on a tout fait. C’est un éternel recommencement avec les transpositions que chacun fait du connu. Scanner une trame, il faut y penser puis il faut travailler. Avec mon feed back artistique, je sais où je vais, même si j’emploie un autre outil. Je change d’outil, je l’explore, cela demande 2 ou 3 ans avant de le maîtriser. Je suis dans cette démarche avec mon ordinateur, les logiciels que j’apprends à connaître. La technique a une limite que l’art n’a pas. Mais l’imagination peut aller plus loin que l’infiniment petit ou l’infiniment grand. La technique peut ouvrir les univers: la puissance de l’ordinateur est de rentrer dans les choses jusqu’au pixel, ce que le regard n’est pas capable de faire.
N.C.: Comment voyez-vous votre œuvre commune, à savoir l’exposition au Palais de Justice II?
Marie: Je présenterai une série de neuf toiles très géométriques, abstraites et figuratives selon moi. C’est un travail sur le rythme, derrière lequel on «sent» la trame et le tissage. J’ai travaillé et je travaille encore beaucoup sur le thème de la forêt. Pour moi, le débat «abstraction» et «figuratif» est un faux débat. Je «vois» toujours quelque chose quand je peins et ce thème de la forêt est pour moi inépuisable. Nous ne savons pas encore exactement comment nous présenterons nos œuvres: en alternance, en quinconce, en tissage ou en tramage?… Ce sont toutes de grands formats et nous chercherons certainement à rythmer l’espace, comme nous rythmons chacune notre travail… Maryse: Mes œuvres sont des impressions grand format de ce que j’ai créé sur l’ordinateur. Je ne me suis pas contentée de scanner les tissus: je les ai aussi redessinés, j’ai créé des compositions nuancées, j’ai parfois repeint par-dessus, j’ai agrandi, rétréci, et fait évoluer les choses jusqu’à ce que je sente que j’étais arrivée au bout de mon introspection. Ces impressions seront marouflées sur des panneaux de bois. Et les œuvres vendues seront acquises avec le CD-Rom correspondant. Libre ensuite à l’acquéreur d’entrer dans mon œuvre, que j’estime terminée à un moment X, pour la faire évoluer comme bon lui semble. L’art, ce n’est jamais fini, jamais figé, jamais acquis. C’est ce que nous disent ces tissages et ces tramages: on peut s’entrecroiser à l’infini. Si on arrête de chercher, on est mort… Marie et moi, nous n’avons pas fini de d’exprimer nos passions et nos pulsions artistiques, entrecroisées ou parallèles. C’est ça, la liberté… Geneviève Pochet
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