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Episode 9 : Conte de Joëlle


J’apprécie la période des fêtes. La radio diffuse des musiques indémodables, on revoit quelques chefs-d’œuvre à la télé. Bref, j’ai l’impression de revivre. Et je suis loin d’être le seul : le centre ville a désormais des allures newyorkaises, Nivelles ne dort plus, ses boutiques sont blindées de monde. Il y a de la joie, que l’on partage avec des inconnus. Tant pis si Marie-Thérèse s’imagine que je suis en train de prendre l’apéro alors que je fais la file à la caisse pour une simple bouteille de vin. Ce soir, c’est fête !

Sur le trajet du retour, je regrette un peu l’absence de neige. Mais en rentrant dans l’appartement, le sapin sent tellement bon le sapin que j’en oublie le réchauffement de la planète. Le père Noël a beau être sponsorisé par Coca-Cola, on l’aime bien quand même – n’est-ce pas, ma chérie ? La table est dressée, la dinde au four et le champagne pétille maintenant dans les deux flûtes. Tout semble prêt pour entamer le parfait réveillon avec ma chère et tendre. Sauf que…

Sauf qu’on sonne à la porte. Je ne blague pas, on vient de sonner alors que l’immeuble est équipé d’un parlophone doublé d’une caméra dernier cri ! Qui cela peut-il être ? Par quel stratagème l’intrus s’est-il glissé dans une forteresse certifiée imprenable par l’agence immobilière ?

Marie-Thérèse s’en va scotcher un œil inquiet au judas optique. Mais rien, personne.

Sur quoi, elle décide d’entrouvrir la porte d’un trait, tandis que je m’éclipse courageusement sous la table. C’est alors que, dans l’embrasure, apparaît la silhouette d’une gamine haute comme trois pommes. « Joyeux Noël, Madame ! lance-t-elle gaiement à ma femme en lui offrant ce qui m’a tout l’air d’être un Chokotoff.

– C’est très gentil à toi, lui répond Marie-Thérèse, mais tu as dû te tromper d’étage.

– Joyeux Noël à vous aussi, M’sieur Pelote ! enchaîne alors la gosse en me voyant émerger de ma cachette. »

Et de me tendre un autre Chokotoff.

Voilà comment nous avons fait la connaissance de Joëlle, la fille de la concierge, une môme au sourire éclatant. « Paraît que je suis petite pour mon âge, mais je cause comme les grands ! » Sûr qu’elle sait parler, Joëlle, on ne pouvait d’ailleurs plus l’arrêter. A se demander quand elle allait prendre sa respiration :

– Maman dit qu’à Noël, faut faire une bonne action. Alors j’ai choisi de souhaiter une bonne fête à tous les gens de l’immeuble et vous êtes les derniers. Mais avant, j’ai dû apprendre par cœur tous les noms et les numéros d’apparts. achat ? Nonante-huit ! En France, ils disent quatre-vingt-dix-huit, vous savez pourquoi ? Moi non plus, mais essayez un peu de calculer sans réfléchir combien ça fait : quatre-vingt-dix-huit moins soixante-dix-sept !

Alors ? Ben, ça fait vingt-et-un. A vingt-et-un ans, je serai majeure et je pourrai choisir d’avoir un nouveau papy et une nouvelle mamy, vu que les anciens sont partis. En vacances éternelles, c’est ce que dit maman. Y a bien votre voisine du dessus, mais elle cause avec son chien comme si c’était son enfant. Alors, ça vous dit ? Vous n’êtes pas obligés d’accepter tout de suite, j’ai que neuf ans. En attendant, je peux venir vous raconter des histoires pour vous endormir le soir, j’en connais des tonnes. Par exemple, celle de la princesse qui ne savait pas qu’elle avait une grand-mère et un grand-père…

Hum, ça sent bon ! C’est quoi ? De la dinde aux marrons ? J’ai lu que les dindes de Noël pesaient entre quatre et cinq kilos. Je peux vous aider à la finir, si vous voulez. Mais faut que je prévienne maman sur son GSM. Elle sera super contente, vu qu’elle a invité toute la famille et qu’elle était pas sûre de pouvoir nourrir tout le monde vu qu’on a une grande famille. Vous faites quoi avec la dinde ? On ne mange jamais de frites à la maison, à cause qu’on n’a pas de balcon comme chez vous. Je suis sûre que Monsieur Pelote a envie de frites… Pas vrai, Papy Archi ?

Nous avons mis un couvert de plus et fait des frites. C’est bien le moins que l’on puisse faire pour sa petite-fille d’adoption, non ?

Faute de cheminée, Joëlle est entrée dans notre vie par la porte.
Archibald Pelote
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