L’aventura d’un lino

Lundi 11 Janvier 2010

Pour de nombreux Nivellois, Vincent Magitteri n’est pas un inconnu. Il est connu principalement pour ses fonctions d’architecte de la Ville attaché au service urbanisme. Passionné des arts plastiques, en 2003, il découvre la gravure. Son ami Habib Harem le guide dans son cheminement. De conseils en pratique, la technique s’affine pour devenir des œuvres douces où sobriété et simplicité se partagent l’espace. Insatiable de nouvelles découvertes, Vincent est passé de la linogravure à la technique « au sucre » telle que l’utilisait Picasso.


L’aventura d’un lino
N.C. : La technique « au sucre », c’est quoi ?
V.M. : Pour simplifier, c’est un procédé qui consiste à dessiner au pinceau sur une plaque métallique, de façon assez picturale, avec une solution d’encre, de sucre et d’eau. Quand le dessin est sec, on étale une couche de vernis et la plaque est plongée dans un bain d’eau chaude. Par réaction, le vernis saute à l’endroit où le sucre se dilue. Le métal reste donc protégé là où il n’y avait pas de dessin. Un bain d’acide va ensuite attaquer les surfaces découvertes. Après avoir enlevé le vernis, on obtient un négatif de l’image à reproduire avec un moyen d’impression classique. J’apprécie énormément cette technique qui révèle les gestes du pinceau que l’acide se charge de figer dans les formes et les mouvements que l’on a donnés. La multitude des paramètres variables me plaît beaucoup. En jouant sur la concentration d’acide, le temps de morsure, le travail de l’encre, de sa viscosité, j’obtiens des résultats très différents, souvent aussi de splendides surprises. Cet aspect artisanal,
évolutif, me procure beaucoup d’émotions.

N.C. : La surprise, c’est une part indispensable de l’art en lui-même ?
V.M. : Oui. Quand je travaille une plaque, je consacre du temps avec des outils, de l’acide… mais cette plaque n’a aucune expression en tant que telle. C’est seulement, après l’avoir encrée et passée sous la presse que je découvre le résultat de tout ce cheminement. Retirer la feuille pour la première fois est toujours un moment magique, extraordinaire. Parfois j’aperçois une oeuvre catastrophique mais il arrive que je sois très surpris par le résultat inattendu et pas spécialement voulu. Toutes ces expériences m’ouvrent d’autres portes, amènent de nouveaux espaces à explorer.

N.C. : Vous avez beaucoup de déchets ?
V.M. : Évidemment, parce que j’expérimente beaucoup et que chaque production est loin de me donner entière satisfaction. C’est justement toute cette recherche des textures, des matières, des profondeurs de couleur qui me séduit et me procure des émotions. Ma motivation, je la trouve dans la façon dont le métal est travaillé, attaqué et se traduit sur le papier de manière différente selon la charge d’encre, l’intensité d’une couleur, la façon dont le papier reprend cette encre et laisse des contrastes entre zones sombres et moins sombres… Je ne pourrais pas m’enfermer dans un style et le décliner à outrance. Je recherche l’évolution.

L’aventura d’un lino
N.C. : Vous avez exposé à Art en Chemin à deux reprises, qu’est-ce que cela vous a apporté ?
V.M. : Ce sont toujours des moments très riches d’échanges et de contacts. Prendre le temps de s’arrêter permet de faire le point, de se resituer. J’ai exposé avec Habib Harem et nous animions ensemble un atelier de gravure. L’objectif était de faire découvrir le processus par l’expérimentation. C’est la meilleure façon de montrer comment cela fonctionne. Nous avions préparé des plaques déjà vernies et les gens pouvaient poursuivre la création : bain d’acide, dévernissage, impression. C’était très gai de voir les gens qui étaient eux-mêmes surpris du résultat. Ils percevaient qu’une gravure, contrairement à ce qu’ils pensaient au départ, c’est quelque chose de tout simple.

N.C. : Quel est votre cheminement personnel ?
V.M. : J’ai commencé en travaillant le lino. Il permet d’accéder tout de suite à la technique de manière autodidacte. Maintenant, mon cheminement est plus pictural. Les techniques que j’utilise m’amènent à développer cet univers par le mélange de couleurs, de matières. J’évolue d’une œuvre plus figurative vers des nuances moins représentatives qui laissent plus de place à l’imagination, à l’émotion. Quand j’ai gravé mon premier lino, je n’imaginais pas où cela me conduirait aujourd’hui !

N.C. : Quelles sont vos influences ?
V.M. : J’aime énormément Antoni Tapies, artiste espagnol de l’école Picasso, Mirò et bien sûr Habib Harem, mon professeur. Je suis totalement séduit par son œuvre, mais aussi par son travail de recherche. Il possède une très grande sensibilité. J’admire également Paul Collet qui a réalisé des gravures de Nivelles extraordinaires. Avec quelques simples traits, il parvenait à donner un subtil mélange d’expression et de représentation. Je me souviens par exemple d’une vue de Nivelles enneigée… une fabuleuse maîtrise.

L’aventura d’un lino

N.C. : La gravure, qu’est-ce que cela vous apporte ?
V.M. : Mon travail d’urbaniste réclame beaucoup de rigueur. Les prescriptions, les textes légaux, le traitement des dossiers demandent une attention particulière, les procédures doivent être respectées à la lettre. Pour garder un équilibre, j’ai besoin de cette activité artistique qui me permet de m’exprimer plus librement, de libérer mes émotions.

N.C. : Quelle a été votre plus belle surprise ?
V.M. : C’est difficile à dire… Il y en a tellement souvent ! Comme je ne m’arrête pas à une technique définie, j’évolue sans cesse et chaque variante m’ouvre des portes. Chaque fois que je teste une nouveauté, c’est une surprise.

N.C. : Avez-vous une anecdote particulière ?
V.M. : C’est plutôt un souvenir amusé… L’arrivée de la presse a été un événement particulier et plus particulièrement sa descente dans mon atelier. Lors de mon déménagement, quand mes amis ont compris qu’ils allaient devoir porter cette presse qui pèse un poids énorme, je pense qu’ils auraient préféré à ce moment que je fasse du point de croix plutôt que de la gravure !

JiWay
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