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L’homme qui chuchote aux pierres des cathédralesMardi 12 Janvier 2010
Déjà grandioses à l’état naturel, les ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville ne sont jamais aussi majestueuses que quand elles accueillent dans leur espace privilégié, une manifestation artistique. Des Choeurs y éclatent, des Tragédies s’y nouent, des Symphonies y résonnent avec d’autant plus de prestige que les pierres, mémoires de siècles et d’histoires, captent leurs échos pour mieux amplifier l’émotion. Cette fois, et c’est une grande première, un homme seul va entrer en dialogue avec les pierres. Pierre (qui ne peut mieux porter ce prénom) Debatty mettra son art en osmose avec les lieux pour une expo événement et monumentale, mêlant dans une harmonie totale le profane et le religieux, le recueillement et l’élévation. Invitation à une promenade entre toiles et murs, entre terres et cieux.
De la terre au ciel
Pour Pierre Debatty, peindre c’est vivre, parler, sentir... Formé à la Cambre avec Roger Dudant, un ancien élève de Paul Delvaux, et aujourd’hui professeur à l’Académie de Namur, Pierre peint comme il respire, dans de grands mouvements qui expriment son besoin d’espaces et de libertés. Sur ses toiles, la terre et les terres ouvrent d’infinis horizons où se mêlent dérives, chaleurs et tourbillons. « Je suis très sensible au monde, à la géographie, précise-t-il. Ma peinture évoque des espaces, lieux improbables ou imaginés, tel un tour du monde réalisé par un voyageur immobile, heureux prisonnier de ses pinceaux et de ses toiles. Les éléments prédominants sont l'air et la terre. Le spectateur y voit quelque chose d’abstrait, mais pour moi, ma toile fait toujours allusion à des choses qui existent.» Son travail l’a mené vers des espaces de plus en plus vastes et vers une peinture monumentale qui prend place sur des toiles de large envergure. Une première exposition « in situ », au Bois du Cazier en 2004, lui a permis de vivre une expérience fusionnelle : peindre pour un lieu et mettre en situation des toiles monumentales qui prenaient toute leur dimension en s’intégrant à l’espace. Cette attirance pour le monumental s’est accrue et c’est naturellement, parce qu’il est de la région, que Pierre s’est attaché à l’Abbaye de Villers-la-Ville. « Ce lieu est totalement fascinant. L’idée d’y concevoir une exposition est venue il y a plus d’un an et les efforts conjugués de toutes les parties ont permis qu’elle se concrétise. Je l’ai imaginée avec beaucoup de respect, en accord avec les différents services du patrimoine. Je me suis d’abord totalement imprégné de l’esprit qui y plane en m’y promenant longuement. Chaque oeuvre est pensée en fonction de là où elle sera exposée, les thèmes choisis en rapport avec le lieu. J’ai conçu un « circuit », comme une promenade où chaque halte invite à une réflexion supplémentaire. »
« Après les ténèbres, j’espère la lumière »
Fidèle à la devise de l’Abbaye, l’exposition conjuguera intériorisation et spiritualité et sera influencée par les notions d’air et de lumière. Les toiles seront suspendues le long des murs, déroulées par l’ouverture d’anciennes fenêtres, accrochées dans des niches, dans la plus grande adéquation avec l’espace. « Les espaces qui m’ont été alloués sont le jardin du père abbé, le parloir de l’abbé et l’abbatiale, un moment fort. Là, j’ai imaginé une série de 14 panneaux, allusion au chemin de croix, qui seront exposés à gauche et à droite dans la nef centrale. Les tons dominants sont le blanc pour l’intériorité, le rouge pour la passion, le noir pour la montée aux ténèbres. Aux côtés de la rosace, j’ai conçu une toile ronde de 2m50 de diamètre, et à gauche de la porte, 3 toiles symbolisent la Trinité. Dans les différents jardins, j’ai créé des séries en allusion aux chiffres sacrés comme les 7 jours de la création, ou les 4 points cardinaux, les 4 vents....
Les séries évoquent ombre et lumière, chute et renaissance, et l’espérance, selon la devise de l’Abbaye. Pratiquement, elles vont vivre avec le temps et les éléments puisqu’elles resteront plus de 3 mois en extérieur. Même si j’ai pensé les matériaux pour les rendre plus résistants, peut-être révéleront-elles d’autres éléments ? Par exemple, sur le mur surplombé par le chemin de fer, qui est l’endroit le plus sombre, j’ai conçu une toile de 6m50 très blanche et très lumineuse pour éclairer le site. Elle jaunira probablement et cela donnera une autre dimension... » Les premières oeuvres accrochées inspirent vertige et envol. Comment les moines réagiraient-ils à cette intrusion d’une création abstraite ? « Les Cisterciens étaient les plus grands des révolutionnaires ! Ils étaient entreprenants et découvreurs. Je pense que leurs esprits encore présents dans l’Abbaye seront heureux de se mêler à mes toiles, entre pierres et couleurs. »
Geneviève Pochet
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