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La Collégiale ouvre son chœurLundi 19 Janvier 2009
Pour ceux qui auraient manqué le premier volet de notre feuilleton de la Collégiale, nous rappelons à nos lecteurs que nous y faisons, à notre manière - grâce à l’efficace complicité avec l’Office du Tourisme - une présentation de la Grande Dame de Nivelles. Notre objectif est de vous promener dans les coins et les recoins des trésors qu’elle recèle. C’est fou ce qu’on peut découvrir … il suffit de prendre le temps et d’écouter Philippe Dardenne, guide attaché à l’Office du Tourisme. Aujourd’hui, nous vous proposons d’entrer dans la Collégiale pour placer sous la loupe, quelques éléments de son chœur. Un épisode seul ne suffira pas, tant il y a de choses à dire. Cet endroit est une source inépuisable de trésors et de petites histoires. Nous vous invitons à suivre le guide.
Un écrin pour notre Sainte
Dans le Chœur, derrière l’emplacement du maître-autel actuel, se trouvait la Châsse du XIIIème siècle de Sainte- Gertrude. Une majestueuse armoire en laiton mettait à l’abri les restes de notre Sainte. Ce que l’on appelle « le Mausolée » a été offert fin des années 1400, par Marbriano de Orto, généreux donateur, très attaché à la Collégiale dont il a été nommé Doyen par Rome en 1496. (voir encadré) Finement travaillée et agrémentée de moulures élégantes, cette armoire de style Renaissance flamboyant, trône fièrement dans le choeur de l’édifice. Pour que Sainte Gertrude puisse être vue par le plus grand nombre, il a été décidé de construire un socle (ou édicule). Cette élévation a été réalisée moyennant des éléments anciens retrouvés à la faveur de fouilles, après les différentes épreuves guerrières et autres dépravations. Monté à une hauteur suffisante que pour mettre Sainte-Gertrude à l’honneur, ce socle permet le passage de personnes de taille adulte … mais pas n’importe qui … Seuls les doyens et les personnalités avaient le droit de passer sous la Châsse et, de cette façon, recevoir la grâce de Sainte Gertrude.
Les murs sauvés qui nous parlent
Durant les travaux de rénovation et de restauration de la Collégiale, des fragments de fresques ont été dégagés et, outre la joie procurée, ils ont fait l’objet de grands soins. Ces fresques racontent par l’image, la vie et le martyr des saints. Ces illustrations facilitaient la compréhension de l’Histoire Sainte par tous, même par les illettrés, nombreux à l’époque. Les couleurs quoi qu’un peu altérées, permettent toutefois de voir partiellement les personnages et on a pu identifier qu’il s’agissait de la vie de Saint-Laurent Il faut dire qu’à l’époque, les murs des églises, chapelles et autres édifices religieux étaient recouverts de représentations diverses de scènes et de parcours de vies des saints. De nos jours, la tendance est à la sobriété dans les églises, c’est la raison pour laquelle on donne la priorité au dépouillement en mettant les éléments naturels en évidence.
Les stalles : lieu de rencontre et de prière
A la gauche du chœur, dans le transept nord, se cachent 32 stalles, dont une double, où prenait place, la prévote du chapitre des chanoinesses. Sculptées dans du chêne, elles datent de 1566 et forment un ensemble harmonieux, orné de motifs divers issus du répertoire païen de la Renaissance. Nous y trouvons des atlantes, des bouquets de fleurs, des têtes d’animaux et, même une tête d’indien. Cette œuvre remarquable a subi démontages, abandons et oubli. Jusqu’à ce qu’il soit décidé de redonner vie à ce chef-d’œuvre en péril. C’est au savoir-faire de Christian Patriarche, ébéniste de grand talent, que nous devons le travail de restauration exceptionnel que nous pouvons visiter aujourd’hui.
Marbriano de Orto
Quelque peu oublié aujourd'hui à Nivelles, Marbriano de Orto fut pourtant une personnalité nivelloise importante qui a marqué la vie de la Ville et de la Collégiale. Enfant illégitime d'un prêtre, il naquit en 1460 près de Tournai où il a été élevé et éduqué à l'Evêché de la Ville. En décembre 1483 il devient chanteur à la Chapelle Papale à Rome où il sert trois papes : Sixte IV, Innocent VIII et Alexandre VI. de Orto reçoit lesoutien particulier du Pape Innocent VIII qui relève le péché de sa naissance illégitime. Dans les deux bulles papales du 30 juillet 1496, de Orto est mentionné comme Doyen de Nivelles. Nommé entre 1489 et 1496, il s'établit réellement à la Collégiale Sainte Gertrude de Nivelles en 1499 en revenant Rome. En 1505, de Orto devient chanteur à la Chapelle du Duc Philippe le Beau qui le nomme également Premier Chapelain, signe d'une grande appréciation. En 1506, il accompagne le Duc lors d'un voyage en Espagne. Très peu de temps après le décès de Philippe à la suite d'une fièvre, de Orto retourne aux Pays-Bas où Marguerite d'Autriche règne pour le futur Charles Quint. Selon un document datant de 1509, de Orto aurait été le Premier Chapelain de Charles Quint. Cependant, malgré ses nombreux voyages et ses fonctions diverses, la Collégiale restera son intérêt majeur jusqu'à la fin de sa vie. Plusieurs donations encore présentes dans l'église, témoignent de son attachement à la Collégiale. Le plus prestigieux est incontestablement l'armoire en laiton du Mausolée qui abritait la Châsse de Sainte Gertrude et qui se trouve actuellement dans le choeur occidental. Marbriano de Orto décède en février 1529 et est enterré dans la Collégiale Sainte Gertrude de Nivelles. Sa pierre tombale sera détruite au cours des bombardements de 1940.
A l’époque, ce lieu réunissait les chanoinesses pour les prières. Chacune d’elles se tenait debout à son emplacement réservé, sous le blason représentant les armoiries de la famille. Si vous observez bien chaque petite « niche », vous pourrez remarquer un siège à charnières et au dos de celui-ci une «miséricorde» en arc de cercle. Il faut dire qu’en ces temps, les prières duraient longtemps, très longtemps parfois. La petite histoire raconte qu’il était permis, en cas de fatigue, de s’appuyer sur cette miséricorde pour prendre un peu de répit après des heures de station debout.
Dans nos prochains magazines, nous vous ferons découvrir d’autres curiosités de la Collégiale. Un pêle-mêle d’histoires liées, à la vie des chanoinesses à l’époque de Sainte -Gertrude, aux monuments funéraires et autres miracles de Sainte Gertrude. La matière ne manque pas et nous avons très envie de vous communiquer notre curiosité. Attention, c’est contagieux… ! Nous remercions chaleureusement l’Office du Tourisme de Nivelles et plus particulièrement Jacques Sartiaux et Philippe Dardenne pour leur aide à la réalisation de ce feuilleton un peu particulier. Clarisse Michaux et Marie-Marthe Schuermans
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