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La ciselure du tempsMardi 12 Janvier 2010
Parce qu’il est insaisissable, le temps est fascinant. Parce que, même fugace et passager, il laisse des traces indélébiles sur les choses et les gens, le temps nous garde sous son emprise. Alors Habib Harem le chasse, le traque, le saisit dans ses gravures. Tel un orfèvre de la minute suspendue, il cisèle le passage du temps dans des oeuvres qui parlent du passé, du présent et de l’à venir.
Comme un archéologue des temps modernes
Formé à Saint-Luc, dans le cours de gravure de Marthe Wéry, Habib Harem a tracé son chemin de graveur en circonvolutions exponentielles, et a peu à peu quitté les chemins balisés pour dessiner ses propres voies. Curieux, il passe son temps à remettre en question les techniques acquises au long d’une pratique acharnée. Aujourd’hui, avec presque trente ans de gravure dans les doigts, il est encore en phase de recherche et d’apprentissage. « Parallèlement à mon activité de graveur, je suis professeur d’art à l’institut Sainte-Marie à Saint-Gilles ainsi qu’à l’institut du Sacré-Coeur à Nivelles. Cette plongée quotidienne dans l’école me permet de rester en éveil et j’avoue que j’ai une tendance affirmée à remettre la gravure en question ! J’ai moi aussi réalisé des dessins très fins, réalistes et figuratifs... Mais mon travail me fascinait plus par la recherche de la matière, des nouveaux effets, et j’ai cherché à développer ma propre conception de la gravure traditionnelle. » Habib Harem réinvente la gravure, et d’une certaine manière, crée la matière à partir de la matière : « J’ai, à un moment donné, utilisé une épaisseur assez forte d’aluminium plutôt que de zinc ou de cuivre, de façon à revenir à la sculpture de la gravure. Je n’ai exposé que les plaques desquelles j’avais enlevé la matière. C’est plus conceptuel dans le sens où le sujet est le travail de la matière elle-même. Je n’exposais que la plaque, comme une sculpture... D’ailleurs, était-ce de la sculpture ou de la gravure puisque je n’utilise que les outils de la gravure ?! J’ai eu aussi l’idée de ne plus utiliser d’encres sur les plaques, mais de les gauffrer avec du papier, ou du papier aluminium, pour revenir ainsi à la production de métal à partir de métal. Concrètement, j’ai d’abord gravé la plaque et je l’ai pressée sur du papier aluminium... » Le travail d’Habib Harem se mue alors en quête de traces, tant celles de la matière en soi que celles du temps sur la matière. Observer les beaux ravages de la rouille, de la décomposition de la matière, et y jeter son geste éclairé est une passion : « Au lieu d’utiliser le zinc et le cuivre, les matériaux traditionnels, je me dirige vers la « récupération » des plaques de divers métaux, dans l’état dans lequel le temps les a mises. Ces plaques sont pour moi une véritable source d’inspiration : leur couleur, la trace du temps, les découpes de la rouille. Je les ai imprimées pour voir ce que cela donnait et j’ai souhaité exploiter cette filière : au lieu d’utiliser du zinc qu’il faut poncer et polir, j’aime autant la matière brute. C’est une sorte de recyclage et je cherche aujourd’hui de vieux métaux, ces plaques qui m’inspirent et que je veux exploiter, tel un archéologue des temps modernes... »
La quête de l’instant infini
Si sa quête du temps semble n’avoir jamais de fin, Habib Harem la mène avec une certaine sérénité, probablement inspirée par son statut de professeur qui nourrit celui d’artiste : « Au début, j’étais plus brouillon. Mais pour pouvoir enseigner aux élèves, il faut être clair et cela m’a permis d’analyser davantage mon travail. J’ai créé une grille d’analyse qui aide à la compréhension d’une oeuvre, quelle qu’elle soit. Cela me permet, même dans le travail instinctif, de prendre un certain recul et de situer le travail dans l’évolution de ma démarche. La trace du temps est importante pour moi, comme l’est aussi la superposition des « impressions » qui crée une nouvelle matière, qui n’est pas la matière mais le rappel de la matière... Je cherche à retrouver un aspect plus brut de la matière et j’en reviens de plus en plus à l’idée de la plaque : sur le papier imprimé, j’enlève au découpage ce qui reste « l’aspect papier » pour ne garder que la « forme » de la gravure... » Qu’est-ce qui fait qu’un moment donné, c’est « terminé » et que l’on accroche l’oeuvre aux cimaises ? « Cela dépend. C’est souvent personnel et intuitif... »«Art-Chéologie», «Décomposition» : les titres de ses oeuvres en disent aussi long que l’impression qu’elles laissent. Nuances du temps, légèreté des gestes, traces et passages : l’oeuvre d’Habib Harem est tout en mouvement et en impressions ciselées comme les minutes qui s’égrènent. « Actuellement, je suis dans la création de mon exposition de septembre et de l’événement Art en Chemin où je serai présent à l’Institut du Sacré-Coeur. Même si le temps m’obsède, je l’appréhende tranquillement, avec sérénité et beaucoup de zénitude, et avec la tendresse que je dois à cet inspirateur de chaque instant. » Geneviève Pochet
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