La force du silence

Mardi 12 Janvier 2010

Son visage ne vous dit probablement rien mais le vôtre ne lui est peut-être pas inconnu. Elvis Lambillotte a 27 ans. Homme discret et réservé, il ne parle pas aisément de son œuvre, préférant de loin la vivre. L’art est sa forme d’expression, la peinture son exutoire, et la rencontre, un moyen de faire connaissance avec un jeune peintre aux paroles modestes mais au talent certain.


La force du silence
N.C. : Comment est née votre passion pour la peinture ?
E.L. : A l’école. En première Rénovée, j’avais un cours de dessin d’une heure par semaine. C’était la seule matière dans laquelle je me distinguais. J’ai alors pris des cours du soir dans mon village pendant près de dix ans mais j’ai abandonné car on y peignait uniquement des paysages. Aujourd’hui, je suis Chef de cuisine dans un restaurant mais je suis des cours à l’Académie de Mons depuis deux ans. J’y apprends de nombreuses techniques et je bénéficie de précieux conseils de professionnels.

N.C. : Comment qualifiez-vous vos œuvres ?
E.L. : Je peins des visages sur un fond de couleur uniforme. J’aime
l’expression et les ambiances qu’ils peuvent révéler. Je travaille
beaucoup le regard. C’est pour cette raison que j’aime particulièrement peindre les Africains qui ont un regard très profond. C’est donc une peinture figurative.

N.C. : Comment appréhendez-vous votre première exposition ?
E.L. : Je l’appréhende, justement ! J’ai peur de l’accueil qui sera réservé à mes tableaux. Mis à part mes proches, personne n’a encore eu l’occasion de les voir. J’ai constamment besoin d’être rassuré. Faire cette exposition est donc un risque que je prends. Peut-être cela m’aidera-t-il à me dévoiler par rapport aux gens …

La force du silence
N.C. : Quelle technique utilisez-vous ?
E.L. : J’applique au rouleau une couche de gesso sur une toile encore vierge sur laquelle je trace le visage. J’applique ensuite de la peinture qui recouvre le tout. Les traits de mon dessin ressortent alors sur la toile. A l’aide d’un chiffon, je répartis la couleur afin de donner des zones d’ombres à la peinture et j’accentue ainsi les particularités du visage. L’effet de lumière se pose sur la couleur et contraste la toile. Cela fait trois ans que j’expérimente cette technique. Cette expo marque la fin d’un cap, car je suis actuellement en train de développer un nouveau style. Il sera basé sur l’intégration dans mes tableaux, de matières réduites à l’état de cendres. En utilisant le couteau qui donne des traits moins précis, mes œuvres s’approchent du semi-figuratif.

N.C. : Que vous apporte la peinture ?
E.L. : C’est un besoin, une libération, un défoulement de l’esprit. C’est dans la peinture que je libère mes sentiments, la colère, la joie… Sa pratique est pour moi un dérivatif, comme peut l’être le sport pour d’autres. Après avoir peint, je me sens réellement bien, comme soulagé.

N.C. : Comment se construit un tableau ?
E.L. : Je me base généralement sur des rencontres que j’ai faites auparavant. Mais le visage auquel j’aboutis est empreint de l’état d’esprit dans lequel je suis au moment où je peins. Le résultat dépend aussi de mon ressenti par rapport à la personne lorsque je l’ai rencontrée. J’essaye de m’imaginer son vécu pour trouver les expressions justes et accentuer certains traits. Le plus souvent je peins le soir et pendant une partie de la nuit. C’est le moment que je préfère, car aucun bruit ne vient freiner ma création. Lorsque je commence un tableau, je le termine dans les heures qui suivent car la peinture sèche rapidement.

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