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La passion gravée de Brigitte HarcqLundi 11 Janvier 2010
Fille de Nivellois, lui-même fils de Nivellois, la famille Harcq est connue comme un vieux sou dans notre cité ! Si aujourd’hui nous parlons d’elle, c’est pour le cœur qu’elle met au travail dans le domaine de la restauration de gravures anciennes et les applications qui en découlent. Journaliste sortie de l’ULB, Brigitte aime par-dessus tout le papier, son odeur, son toucher, sa texture, sa tenue. Pendant quinze ans, elle en apprend tous les caprices et secrets chez un maître ès gravure. Chez lui, elle découvre la face cachée d’une technique donnant à tout ce qu’elle (re)touche, une nouvelle vie, une nouvelle lumière, un nouvel éclat. De bains en bains, les différentes phases de la renaissance sont respectées avec patience. La loupe géante ne quitte jamais l’atelier – c’est elle qui dévoile les trames les plus intimes des milliers d’estampes passant la porte de son antre. Mais, à force de s’impliquer de la sorte dans sa passion, elle a rencontré en Guillaume Choveaux, un complice de choix. Lui aussi, l’estampe l’attire. Arriva alors ce qui devait arriver … c’est à deux maintenant qu’ils se penchent sur des trésors de papier dénichés dans des coins parfois très inattendus.
Un atelier dans la maison familiale
Pour atteindre le saint des saints, Brigitte m’invite à traverser le couloir central de la maison Harcq construite par son grand-père. Le jardin, joliment sauvage est allumé du soleil d’un après-midi de septembre. Le chat somnole sur une vieille pierre recouverte de mousse. Oui, incontestablement, ici ça sent bon la sérénité, ça sent la paix ... L’atelier dont toutes les fenêtres donnent sur le jardin, est envahi de cadres attendant une estampe nettoyée et ressuscitée. Les étagères débordent de gravures toutes techniques et tous formats confondus. Mais pourquoi donc cette boulimie de papier ? Ca remonte à quelques années déjà. Et, aujourd’hui, Brigitte et Guillaume en ont fait leur passion « jumelle ». A deux ils écument les puces et les brocantes. S’interrogent sur l’authenticité d’une estampe dénichée dans un grenier ou dans une farde abandonnée. Bref, ils conjuguent leurs connaissances pour mieux assouvir leur insatiable curiosité.
Petite leçon de gravure
Que savons-nous, nous - simples observateurs nonchalants – à propos de l’estampe en général – parce que c’est bien ce mot « estampe » qu’il convient d’utiliser quand on évoque gravures, et autres techniques de reproduction ? Pas grand-chose … Ce n’est que quand on écoute parler des spécialistes, des connaisseurs, des « vieux routiers » du papier gravé, que l’on découvre les différents moyens de reproduire une image et aussi la raison d’être de ce genre de travail. Le domaine est vaste, mais quelques rudiments vous permettront de différencier une estampe originale d’une simple affiche à gros tirage. Si la technique existe depuis le XV siècle, les graveurs ont aujourd’hui encore leur place dans ce domaine. Depuis le début, elle se fait essentiellement sur le bois, sur le métal et le linoléum donnant à chaque procédé le nom spécifique : xylographie pour le bois, criblé pour le métal, et la linogravure pour le linoléum. Il s’agit alors de graver dans la matière au moyen d’outils adaptés à sa dureté et à la matière et la finesse du travail à réaliser. On dénombre quatre procédés d’estampes : en relief, à plat, ajouré et en creux, chacun d’eux donnant un résultat bien spécifique. Les sujets représentés sont multiples, allant de scènes de chasse aux plans de villes, en passant par des portraits ou des sujets abstraits.
Le pourquoi des stampes
En parcourant l’histoire, l’estampe a toujours eu une utilité au fil des âges. Initiée par Dürer, pionnier dans le domaine, elle servait notamment à copier des tableaux réalisés par des peintres encore peu connus vers le XVI siècle. L’estampe était un moyen pratique pour donner à un acheteur potentiel une idée du contenu de leurs œuvres. (des châtelains le plus souvent ou alors des abbayes) La gravure était reproductible, donc . Enfin, ce support permet - de nos jours surtout - d’acquérir à prix raisonnable, une œuvre originale d’un artiste très coté Quelques indices pour repérer un vrai d’un faux ? • Dans le bas à droite de l’estampe, se trouve le plus souvent le nom du graveur précédé du mot abrégé « sculp » • Dans le bas toujours, mais à gauche cette fois, est indiqué le nom de l’artiste qui a réalisé l’œuvre. Il arrive parfois que les deux noms soient identiques – on peut alors en déduire que l’artiste a lui-même réalisé l’estampe de son travail. • Depuis le début du 20e siècle, elles sont numérotées. C’est ce que l’on appelle les épreuves d’artistes reproduites en un nombre limité et défini dans le libellé : • par exemple 31/100 signifie qu’il s’agit de la 31ème épreuve.
Un job full time et à options multiples
Brigitte explique ce qui depuis cinq ans est devenu son emploi à plein temps. Elle distingue les différents aspects d’une profession qui n’est évidemment pas dénuée de risques. A l’achat, par exemple, il convient d’être très vigilant sur les choix posés. Il peut s’agir parfois d’un investissement conséquent et il est important de s’assurer de l’origine de l’estampe convoitée. A d’autres moments, la chance sourit à nos artistes d’un genre particulier. Une trouvaille rare, ou alors une invitation à venir chercher dans un grenier « des choses qui encombrent ». Commence alors un travail de fourmi - un autre volet de ce qui fascine tant Brigitte que Guillaume : l’observation et la recherche d’éléments identifiant l’auteur et l’authenticité de la signature. Ils possèdent pour ce faire, de très beaux ouvrages de référence dans lesquels ils se plongent avec délectation. Puis, en troisième lieu, un côté qui a aussi sa part réjouissance – la vente. Elle peut se faire sur un stand dans un salon d’antiquaires, ou alors, comme ils l’ont fait début septembre, à la Braderie de Lille, LE super rendez-vous mondial des brocanteurs. Pour vous donner une petite idée de la fréquentation : la ville accueille … 100 kilomètres de d’étals… Et les emplacements étant extrêmement rares, Brigitte, Guillaume et quelques amis y ont fait un « sitting » depuis le mardi précédent le fameux week-end. Comme quoi, être là, ça se mérite. Mais alors, quel bonheur ! Acheteurs et vendeurs se croisent dans une ambiance à nulle autre pareille. Une véritable récréation pour Brigitte et Guillaume qui prodiguent de précieux conseils, font des estimations ou des offres aux passants curieux ou amateurs du genre. Le couple n’a pas de magasin. Ils travaillent chez eux, ou alors ils partent sur les chemins quelque part à Paris, à Turin ou à Tanger. Cinq ans au service des artistes belges – un domaine dans lequel ils sont spécialisés. Voilà leur meilleure enseigne. L’art de l’estampe est leur credo et l’art belge les font vibrer. Pour toute information Brigitte Harcq et Guillaume Choveaux Le Tout Venant Prints, 46 Boulevard des Archers 1400 Nivelles Sur rendez-vous uniquement. Tél.: 0032 476 80 40 83 et 0032 477 51 letoutvenant@hotmail.com Textes et photos Marie Marthe Schuermans
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