La peinture est un cri qui vient de l’intérieur

Mardi 12 Janvier 2010

Thierry Dreumont ne peint pas : il crie. En noir et en couleurs, en acrylique, en gestes chaotiques qui déchirent ses tableaux, il crie les tourments de sa vie. De temps à autre, une respiration : les traits d’aquarelle, comme une étude de calligraphie, calment les esprits et ouvrent les horizons. Il nous a ouvert son monde dans lequel il réserve une place de choix à ceux qui veulent bien comprendre sa peinture.


La peinture est un cri qui vient de l’intérieur
N.C. : Quelle route avez-vous prise pour arriver à cette série de peintures ?
T.D. : J’ai toujours eu le besoin de m’exprimer. La peinture, j’y suis venu il y a six ans, lassé de dessiner mes tourments à l’encre de chine. J’avais envie de techniques plus fortes. Pour apprendre, j’ai suivi trois ans de cours chez Michel Bocart, à Braine l’Alleud. J’ai approché l’aquarelle, mais j’y sentais encore des limites. Je n’arrivais pas à exprimer les émotions trop fortes que je vivais dans ma vie privée… J’ai eu besoin de matières et je suis passé à l’acrylique.

N.C. : Votre vie privée a donc finalement influencé votre travail ?
T.D. : Quelque part, pour moi, la peinture est une thérapie. Elle m’a servi à sortir mes émotions. Dans l’acrylique, j’exprime mieux mes tourments. Aujourd’hui, je peux passer d’une technique à l’autre, l’aquarelle et l’acrylique.

N.C. : Vous voulez dire que, suivant vos états d’âme, vous changez de technique ?
T.D. : Ce sont deux choses différentes. Avec l’aquarelle, je travaille les vides et les pleins, à la manière de la peinture chinoise. C’est une respiration. L’acrylique, c’est mettre en formes et en couleurs des sentiments forts. Je dis d’ailleurs que j’exprime mes mouvements intérieurs. C’est mon thème de prédilection !

N.C. : Avez-vous fait quelques tentatives de figuratif en acrylique ?
T.D. : Non ! Peindre est un besoin par rapport à ce que je vis, un besoin par rapport à un chaos intérieur. J’ai besoin de cette matière. En acrylique, je ne travaille presque jamais qu’au couteau. Mes tableaux sont totalement abstraits. C’est du sentiment, comme ça me vient.

La peinture est un cri qui vient de l’intérieur
N.C. : Dans votre dernière série, que nous verrons à Art en chemin, il y a beaucoup de noir. Cela veut dire quelque chose ?
T.D. : D’abord, j’aime le noir parce qu’il met les couleurs en valeur, il les illumine. Ensuite, j’exprime ce qu’il y a en moi. Le noir, ce sont mes tourments… Les couleurs sont peut-être des débuts de réponses à mes questions existentielles ?…

N.C. : Vous avez subi des influences ?
T.D. : Je lis beaucoup : les philosophes et leur rapport au réel, les peintres qui écrivent sur la peinture. Ces lectures m’ont amené à l’abstraction. Paul Klee a écrit : « L’art ne reproduit pas le visible. Il rend visible. » C’est pour ça que je peins : rendre visible mes tourments.
En peignant, je ne lutte pas contre quelque chose mais pour quelque chose. Si je ne peignais pas, je deviendrais fou…

N.C. : Votre démarche est très intime. Doit-on vous connaître pour entrer dans vos tableaux ?
T.D. : Il y a une chose importante dans ma peinture, c’est qu’elle doit s’accompagner d’une parole. Je trouve nécessaire que le peintre soit présent à l’expo pour expliquer ce qu’il fait. Je n’aime pas imaginer que les gens réagissent sans avoir quelques clés. J’ai aussi besoin du point de vue des gens, de leur regard sur ce que j’ai instinctivement jeté sur une toile. Je peux accepter qu’on n’aime pas ce que je fais, mais pas qu’on me dise qu’on ne comprend pas… même si ma peinture est instinctive. C’est une des grandes contradictions de la peinture qui ne sait pas représenter la réalité, pas plus qu’elle ne représente ce qu’on pense consciemment ou inconsciemment.

N.C. : Vous n’êtes pas seul à « Art en Chemin »…
T.D. : Non, j’expose avec le groupe Obleu, un groupe que j’ai fondé pour la précédente édition. Nous sommes quatre dans ce groupe. Obleu, c’est en hommage à Baudelaire et à sa poésie sur les voyelles. J’ai toujours travaillé la calligraphie parallèlement à la peinture. Je trouve cette phrase de Baudelaire sublime : « Je ne conçois guère (mon cerveau serait-il un miroir ensorcelé ?) un type de Beauté où il n’y ait du Malheur »… Je m’y retrouve… Et c’est cette « beauté » que j’expose.

Geneviève Pochet
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