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La réussite d’un pur produit de l’école de la vie.Mardi 16 Décembre 2008
On peut dire que Frédérik Berna est tombé dans la marmite de la restauration dès sa naissance. Très tôt, il a arrêté ses études et est devenu apprenti. Avec Patrick Luwel, son associé, il s’est lancé ensuite dans la création de snacks à Bruxelles… jusqu’au jour où il eut l’idée de déposer un plat chez EXKI. À partir de ce moment, plus rien n’a été pareil. Au départ son chiffre d’affaire avoisinait les 25.000 euros, aujourd’hui, il dépasse 3.000.000 euros. Une croissance fulgurante que beaucoup envient… Pourtant, Frédérik Berna ne se prend pas la tête… Il s’oblige à savoir tout faire et n’hésite pas à revêtir la même tenue que ses ouvriers pour leur prêter main-forte. Pur produit de l’école de la vie, Frédérik Berna nous confie les recettes de son succès.
Quelles sont vos qualités de chef d’entreprise ?
F.B. : Je dis trop souvent oui à tout… J’ai remarqué à la longue avec le personnel que c’était devenu presque un défaut d’ailleurs… Je n’ai jamais refusé un jour de congé, j’ai toujours été cool pour plein de choses… Mais j’ai constaté que lorsqu’on est trop gentil, le personnel peut prendre de mauvaises habitudes… Je suis heureux avec ce que j’ai. Je ne cours pas après la réussite à tout prix. Je profite de ce que la vie m’offre, sans plus. La forte expansion que nous avons connue crée des besoins, souvent inutiles… Je veux rester simple, rester fidèle à mes valeurs de vie. Si je travaille beaucoup et que je mérite ce que j’ai, je mets aussi des limites. Le week-end par exemple, c’est sacré. On voit trop de gens qui travaillent comme des malades et qui se rendent compte un jour que leur femme va voir ailleurs, que les enfants ne tournent pas rond. Ça, je ne le veux pas. Je pourrais avoir plus mais ce n’est pas un besoin, ça ne m’intéresse pas. Quelle est la qualité que vous appréciez chez les autres ? F.B. : L’honnêteté. Je viens de la région de Namur et là-bas, quand on se serre la main, c’est comme si on signait un contrat… Comment êtes-vous arrivé dans le zoning de Nivelles ? F.B. : Lorsque, avec mon associé, nous avons revendu nos snacks, nous nous sommes installés dans un atelier de 100m² à Wauthier-Braine. Cette époque a duré deux ans mais très vite, on s’est rendu compte que nous devions nous agrandir pour suivre la demande de notre client majoritaire. C’est ainsi que nous avons fait construire un nouveau siège de production de 1200 m² à Nivelles. C’est le fruit du hasard qui a fait qu’EXKI accroche avec nos plats… sans doute aussi parce que nous avions la même philosophie… Quelle est cette philosophie ? F.B. : Travailler dans l’ultra frais, avec des normes d’hygiène draconienne, sans additifs, ni colorants, sans mayonnaise ni crème… Nos produits sont à consommer dans les 3 jours. De plus, nous travaillons avec les producteurs nivellois pour les fruits, Bio Marché et nous défendons le commerce équitable. Ce qui compte c’est la qualité et l’originalité des produits.
Quels sont vos clients ?
F.B. : Notre client principal, pour 90% de notre production, c’est EXKI. C’est un choix purement stratégique. Simplification de la facturation, des livraisons… Nous ne voulions pas nous lancer dans des crédits de caisse, prendre des risques avec des clients qui ne payent pas bien. Nous n’étions pas non plus intéressés de rentrer dans une politique « grande surface » et perdre notre spécificité et notre crédibilité par rapport à notre façon de travailler. Le choix d’EXKI s’est avéré le bon. Ils sont passés de 2 à 31 magasins, et si leur chiffre augmente, le nôtre aussi. Sans les contrats signés avec eux, nous n’aurions pas eu les garanties pour construire ici ! Toutefois, je sais que nous aurions pu grandir sans eux car nous sommes arrivés au début du marché qui était très porteur. À titre comparatif, nous avons commencé en même temps qu’une autre société située en Flandre. Il font le double de chiffre d’affaire que nous mais ont 6 fois plus de personnel. J’ai voulu garder une petite entité avec un cadre de travail familial. Nous sommes 15 et c’est bien ainsi. Qu’est-ce qui sort de votre usine ? F.B. : Des salades préparées. Nous réceptionnons chaque ingrédient séparément et nous reconditionnons en barquette. Dans les magasins EXKI, nos produits sont étiquetés Natural Fresh & Ready. Nous avons une quarantaine de références sur notre carte. Nous produisons aussi des lasagnes, mais en petite quantité… L’an passé on s’est aussi lancé dans les salades de fruits. Quand on n’est pas vraiment préparé à ce travail de manager, comment s’y prend-on ? F.B. : Tout d’abord en restant les pieds sur terre. On continue de gérer notre PME comme nos snacks. Il faut demeurer très attentif à toutes les dépenses et aux gaspillages. 10 grammes à la poubelle tous les jours représentent au bout du compte une perte importante. Concernant les structures administratives, nous découvrons et nous apprenons au quotidien. Heureusement, nous sommes entourés par un très bon bureau comptable. Le plus difficile a été la gestion et l’évolution du personnel. Nous avons perdu beaucoup d’argent sur ce poste. Ce n’est pas évident d’organiser le travail dans un bâtiment qui a vu sa surface augmenter plus de douze fois. Nous n’étions pas préparés à cela ni à la croissance de notre client. Un magasin, c’est 600 plats par jour… vous imaginez l’augmentation de la demande ? À quelle difficulté majeure êtes-vous confronté ? F.B. : La gestion du personnel. Il est de plus en plus difficile de trouver des ouvriers de production qui veulent du boulot pour toucher 200 ou 300 € de plus que s’ils restaient chez eux… Il faut se lever, faire le trajet, travailler dans un entrepôt à 10°… et pourtant, nous sommes dans une commission paritaire intéressante… C’est un autre monde aussi que je découvre. Aujourd’hui, par exemple, j’ai 3 malades… et bien, au lieu de faire mes papiers, je travaille dans un frigo… Je n’ai pas peur de me mêler à mon personnel… je suis un boss qui touche à tout et c’est sans doute aussi ce qui crée une bonne ambiance dans l’entreprise. Quand les inspecteurs de l’AFSCA sont venus contrôler, ils ont été étonnés de me voir au travail parmi mes ouvriers. Ils n’avaient jamais vu cela dans ce type d’entreprise… Êtes-vous touché par la crise financière actuelle ? F.B. : Non en ce qui concerne la crise banquière et des actions, par contre la crise économique a des conséquences indirectes sur notre bénéfice, car les matières premières ont connu une grande augmentation que l’on ne sait pas répercuter sur nos prix de vente. Un exemple parmi d’autres, il y a 3 ans, on payait 750 € pour mille litres de colza. Actuellement, nous devons débourser 1400 €. Si on vous proposait de rencontrer un manager du zoning, qui serait-il ? F.B. : Celui de Mama Lucia… Parce que, sans être concurrents, nous sommes dans le même secteur. J’aimerais savoir comment le travail est organisé, comment fonctionne sa structure de nettoyage, domaine très délicat dans nos entreprises… Jiway
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