Laurent Delvaux : Un Sculpteur de génie
Depuis le début de l’année et dans chacun de nos magazines, la rédaction de Nivelles Capital s’est penchée avec passion et intérêt sur la Collégiale, développant quelques-unes de ses multiples facettes. Cette rencontre privilégiée nous a instruits, captivés et nous a permis de nous attacher plus encore à la Belle Dame de Nivelles. On pourrait écrire à son sujet pendant cent ans et plus, tant le sujet est inépuisable. Pourtant,
comme pour toute saga, il lui faut – dans nos pages toutefois - une fin, une conclusion et un au revoir… rédactionnel. Pour clore notre Saga, nous voulons rendre hommage à un grand artiste sans qui la Collégiale ne serait pas ornée de son prestigieux mobilier. Nous avons nommé Laurent Delvaux.
Le mobilier prestigieux de la Collégiale
Son nom nous est familier – certes – mais connaissons-nous vraiment le sculpteur Laurent Delvaux ? Natif de Gand (1696) il vécut dans notre Ville et y réalisa un travail d’une beauté exemplaire. Ses apprentissages successifs à Bruxelles dans l’atelier de Pierre-Denis Plumier, en Angleterre et à Rome, ont fait de lui un créateur accompli et admiré.
C’est en 1732, en pleine maturité artistique, qu’il est nommé sculpteur de la Cour sous Charles de Lorraine. Il épouse une Nivelloise en 1734 et s’établit à Nivelles où il s’éteint en 1778. Il semble que l’artiste ait eu deux ateliers à Nivelles. Un qu’il louait à la rue Marlet.
Le second, installé plus tard, aurait fait partie d’une maison qu’il avait fait construire à la rue de Mons en vue de la mettre en location. Une clause peu commune fut ajoutée au contrat de location : la mise à disposition d’un local servant d’atelier à son propriétaire.
Un œuvre colossal en héritage
Pas étonnant qu’on ait écrit à propos du style de Laurent Delvaux :« fait de mesure, d’équilibre, de force contenue et de lyrisme décoratif » La plus belle démonstration en est la chaire de vérité - nommée « Jésus et la Samaritaine » un ensemble monumental constitué de bois et de marbre blanc. Si la conception est attribuée à Laurent Delvaux qui a réalisé la sculpture des parties de marbre, on peut cependant lire une double signature : la sienne et celle de Philippe Lelièvre à qui a été confiée l’ébénisterie. Nicolas Bonnet lui fut chargé de la partie menuiserie de la chaire. L'intérêt des chaires de Delvaux réside dans leur très nette clarté structurelle. De la forme baroque, il ne garde que la structure portante arborescente et rend de ce fait à la cuve et aux rampes d'escaliers une autonomie mobilière, les traitant dans le style décoratif contemporain, le style Louis XV.
Sous la chaire « Elie au désert », réalisée en bois uniquement, le groupe de l'ange et d'Elie est un autre de ses chefs-d'oeuvres. L'épisode est rapporté dans le premier livre des Rois. Elie est dans le désert, les torrents se sont taris, les corbeaux n'apportent plus de pain au prophète. Mais voici que la parole de Dieu retentit, qui lui enjoint de rejoindre la ville de Sarepta. Le message divin est représenté par un ange qui, s'approchant d'Elie endormi, lui touche doucement l'épaule. A la grâce juvénile du jeune homme s'oppose la puissance calme du prophète dont le sommeil est peuplé de songes et de visions. La rencontre est naturelle, familière pourrait-on dire, et totalement dénuée d'emphase. Les ailes éployées de l'ange semblent couvrir de leur ombre l'homme de Dieu comme pour le protéger des ardeurs du soleil sculptées sur les flancs de la cuve. Cette chaire était érigée dans l’ancienne église des Carmes sise rue de Mons à l’époque.
Pour l’anecdote, Laurent Delvaux a exprimé le souhait d’être enterré au pied de « Elie au désert », ce qui fut fait. Cependant, après la démolition de l’église des Carmes à la fin du 18ième sa dépouille fut transférée au Cimetière de Nivelles. On peut y voir encore, à l’entrée à gauche, une plaque commémorative dédiée au sculpteur. « La conversion de Saint Paul » par ailleurs, impressionne par sa grandeur et l’expression de chaque acteur de la scène. Aussi bien Saint Paul, que les soldats, et le cheval expriment la surprise du choc envoyé par Dieu. Située dans l’abside, la gigantesque statue est parfaitement mise en valeur grâce au dépouillement du mur cintré qui l’enveloppe. On peut citer également différentes réalisations tout aussi remarquables : les quatre apôtres les saints André, Pierre, Jacques et Paul. Le portail de l’entrée dite du Marché, qui est surmonté de deux femmes, l’une représentant la Prudence et l’autre la Force.
Un homme chanceux et sensible
La chance a souri très tôt à Laurent Delvaux. C’est au moment de son voyage à Rome que, muni d’une lettre de recommandation, il a rencontré le Cardinal Corsini. Peu de temps après, le même Cardinal devenait le Pape Clément XII. Pour une aubaine, c’était une aubaine, toutes les décisions dépendant du Chef de l’Eglise. Par ailleurs, à la fin de sa vie, ne pouvant plus sculpter, un de ses amis lui proposa de lui rachèter ses outils. A contrecoeur, il y consentit, à une seule et impérative condition : qu’il n’en prenne possession qu’après sa mort, expliquant que ses outils étaient le prolongement de ses mains et qu'elles étaient encore en vie…
Nous remercions chaleureusement Jacques Sartiaux, Philippe Dardenne, de l’Office du Tourisme de Nivelles de nous avoir soutenus dans cette belle aventure. Ils nous ont guidés efficacement et avec grand enthousiasme dans le dédale de notre belle et illustre Collégiale. Il est certain qu’ils nous ont transmis le virus de leur passion sans limites pour nos inestimables trésors nivellois. Merci aussi à Christian Patriarche pour son éclairage avisé - lui qui a eu un lien privilégié avec l’œuvre de Delvaux grâce à ses travaux de restauration.
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