Les visages de la souffrance

Lundi 11 Janvier 2010

La première fois que l’on rentre en contact avec les peintures de Marc Albert, on ne reste pas indifférent. Il se dégage des toiles une telle force que l’observateur se sent attiré ou au contraire fuit, mû par des sentiments complexes d’attirance ou de répulsion, de peur ou au de sécurité. Certains diront que c’est original, d’autres que c’est spécial… On y retrouve, en équilibre, violence et calme. Cette dualité apparaît jusque dans les teintes noires et blanches. Pour comprendre une œuvre, il est parfois nécesaire de découvrir son auteur. Qui est donc ce peintre capable d’exprimer à travers ses personnages un tel tourment, une telle douleur ? Est-il aussi étrange et mystérieux que ces créations à mi-chemin entre anges et héros ? L’homme que Nivelles Capital a rencontré est pourtant d’une grande douceur, ouvert sur le monde et sur les gens, passionné d’arts, empli d’une folle envie de communiquer.


Les visages de la souffrance
N.C. : Marc Albert, levez un coin du voile, qui êtes-vous ?
M.A. : Je suis informaticien pour le Web à l’ULB, j’ai deux enfants, 43 ans et suis un divorcé célibataire. Depuis toujours, je suis attiré par l’art en général : cinéma, littérature, musique. Mes choix sont assez larges. J’aime par exemple les romans policiers américains, Laclavetine avec son recueil de nouvelles Le rouge et le blanc , Philippe Djan, Amélie Nothomb, André Baillon, plein de poésie, d’humanisme, avec un sens de l’absurde à la Camus !

N.C. : Pourquoi le choix de la peinture ?
M.A. : Depuis que je suis tout petit, j’ai été attiré par la peinture. J’admirais les toiles sans jamais imaginer que je pourrais un jour peindre moi-même. A 16 ans, je visitais l’exposition de Roland Lavianne et j’ai eu envie d’essayer… Le chemin a été long avant que je n’expose mes premières toiles. En 2002, j’ai retrouvé Thierry Dreumont, une ancienne connaissance, nous avons décidé de montrer notre travail. Exposer, ça stimule ! Depuis, je n’arrête plus ! Ce que j’aime dans la peinture, c’est le style, une certaine forme d’expressionnisme puissante, pouvoir être reconnu du
premier coup d’œil.

N.C. : Justement, votre style a-t-il évolué au fil du temps ?
M.A. : Au début, j’ai touché un peu à l’abstrait, au figuratif, mais très vite on retrouve les bases de mon style actuel : le débordement, le corps incomplet, le blanc, le noir et le rouge, la pureté. Bien sûr, j’ai évolué techniquement, j’ai ajouté des couleurs… C’est une longue initiation, un travail sans cesse à recommencer, une remise en question perpétuelle…

Les visages de la souffrance
b[N.C. : Parmi vos sujets, la femme et la jeunesse occupent une place importante…
M.A. : Je préfère sans doute épouser les formes d’une femme… mais j’ai peint des hommes aussi ! Peut-être les femmes sont-elles plus des sujets de souffrance. C’est une forme d’hommage que je leur rends, une manière d’être en empathie, une forme d’admiration… J’ai essayé de peindre des portraits de vieillards, mais je mets tellement de souffrance qu’en ajoutant les stigmates de l’âge, c’était trop dramatique.

N.C. : Quelle est votre attente quand quelqu’un vient voir votre travail ?
M.A. : Je voudrais qu’il sente ce que moi j’ai ressenti quand j’ai vu des œuvres qui m’ont chamboulé, perturbé. Je me souviens du premier livre qui m’a secoué, c’était L’île au trésor. Après sa lecture, j’ai eu envie d’être écrivain pour pouvoir redonner tout ce que je vivais. En peignant, je veux transmettre cette énergie, cette puissance.

N.C. : Est-ce facile ?
M.A. : Facile, non, c’est agréable, jouissif, apaisant comme après une bonne séance de sport. Mais parfois c’est douloureux, quand je n’arrive pas à transposer ce que je veux ou que je ne trouve pas la couleur adéquate. C’est un travail sur la longueur. Il me faut du temps devant moi, plusieurs heures d'affilée pour m’installer dans un univers. Souvent, c’est le dimanche, quand je n’ai pas les enfants, ou en vacances… Je ne pars jamais sans mon matériel, c’est un besoin !

JiWay
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