Nicolas Delhauteur donne la main au Bangladesh

Vendredi 25 Février 2011

Gérant d’une banque nivelloise et trésorier de l’Association des commerçants nivellois, Nicolas Delhauteur met bénévolement ses compétences au service d’un projet de développement communautaire au Bangladesh, un pays qui compte 140 millions d’habitants pour un territoire grand comme quatre fois la Belgique.


Nicolas Delhauteur donne la main au Bangladesh
Si le Bangladesh évoque, pour la plupart d’entre nous, de terribles inondations (en 2007, elles ont fait 50 000 victimes) et les actions de la Fondation Damien contre la lèpre et la tuberculose, on ignore souvent que c’est l’un de ses habitants Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, qui est à l’origine d’un projet exemplaire : la Grameen Bank. L’idée : octroyer des micro crédits à ceux qui, par manque de moyens, se voyaient refuser tout prêt de la part des banques doutant de leur capacité de réussite et donc de remboursement. Le système des micro crédits a permis à de nombreux groupes de femmes bangladaises de lancer des activités rémunératrices et de sortir ainsi leur famille de la grande pauvreté.

Nivelles Capital : Comment le Bangladesh a-t-il pris place dans votre parcours ?
Nicolas Delhauteur :
« Ma sœur et mon beau-frère ont vécu là-bas de 98 à 2001, dans le cadre d’un projet de coopération entre l’Union Européenne et le Bangladesh. Je leur ai donc rendu visite à deux reprises. J’ai eu l’occasion d’entrer en contact avec Cécilia Halder, une femme tenace, organisée, volontaire qui est à la tête d’une organisation très structurée « Helping Hand ». L’association poursuit trois missions :
la formation et l’éducation à l’hygiène dans les bidonvilles, la planification familiale (c’est le pays le plus peuplé du monde), l’apprentissage de l’usage thérapeutique des plantes locales. Les formations, données par une équipe de 16 formatrices, ont lieu dans 31 villages et touchent 1200 personnes. Nous avons donc souhaité soutenir cette association en créant Helping Hand Belgique, parce que nous sommes convaincus de la rigueur et de l’efficacité de son travail qui permet d’améliorer le quotidien des familles. »

NC : Qu’est-ce qui vous a interpellé particulièrement lors de vos séjours dans ce pays ?
ND :
« La pauvreté tellement répandue et le travail des enfants. Ils font des petits boulots, travaillent dur, parfois au service des plus riches. J’ai aussi été très impressionné par le travail de Cécilia Halder, par la manière dont elle gère son équipe, dont elle mène son projet dans un pays où tout est rendu très difficile par la corruption. Par exemple pour obtenir l’agréation du ministère pour pouvoir se constituer en ONG, il faut verser des dessous de table énormes si on veut voir son dossier aboutir !

NC : Comment soutenez-vous ce projet, à distance ?
N.D. :
« Nous avons voulu apporter un support au système de Credit Union (un système proche du micro crédit) qu’elle a mis en place. Une centaine de femmes et d’enfants en font partie. On a constaté que leur taux de réussite est meilleur par rapport à celui des hommes.La solidarité des femmes entre elles est une réelle assurance en matière de remboursements des prêts. Le projet se différence un peu du micro crédit en ce sens qu’il permet aussi le dépôt d’argent, que les remboursements se font mensuellement, que le taux est moins élevé.

Grâce à ce système, des femmes ont pu développer des projets d’élevage, de culture, payer la scolarité des enfants. Les projets sont des projets communautaires. Il y a actuellement en caisse l’équivalent de 685 euros. Nous voudrions apporter un complément pour aider à pérenniser le projet. Mon expérience a été utile. Je suis allé là-bas en janvier pour vérifier, valider les besoins, effectuer un audit interne au niveau des fonds. On a travaillé à la constitution d’une sorte de caisse d’épargne qui fonctionne comme une mutuelle. »

Nicolas Delhauteur donne la main au Bangladesh
NC : Venant du monde bancaire, comment avez-vous accueilli cette autre manière d’envisager le rôle d’une banque ?
N.D. :
« L’expérience de la Grameen Bank a montré que le taux de réussite des projets lancés grâce aux micro crédits est parfois meilleur. Cette pratique oblige à adopter d’autres systèmes de valeurs, d’autres repères. Dans notre modèle économique, on oublie parfois que se loger, se nourrir, accéder à la formation, sont des besoins qu’il faut couvrir en priorité. Helping Hand veut agir comme un levier permettant de mettre en place des projets concrets grâce au Crédit Union. »

NC : Donner du temps, trouver des fonds, suivre les projets et y apporter votre expertise, tout cela fait partie de votre engagement pour le Bangladesh. De quelles aides bénéficiez-vous ?
N.D. :
Nous avons répondu à des appels à projets lancés par des Fondations telles que la Fondation Roi Baudouin. Cela a permis d’obtenir des fonds pour acheter des terres et construire des bâtiments. On fait aussi appel à nos réseaux pour la récolte de dons, on organise deux ou trois activités phares par an.
Je me rends compte par exemple, qu’à partir du moment où on décide de prendre en charge la scolarité d’un enfant, on s’engage dans le long terme et on doit donc être créatifs, trouver de nouvelles idées. On vient de lancer un système de bourses pour soutenir la scolarité de quelques enfants qui sans cela ne pourront pas fréquenter l’école. Nous avons apporté un PC et grâce aux fonds que nous apportons nous pouvons subsidier un salaire. Le salaire moyen est de 50 euros par mois. L’association bénéficie aussi d’autres soutiens étrangers : « Peuple des Collines », une association française et par une association canadienne. Nous avons des contacts avec elles. Actuellement, l’équipe peut être payée jusqu’en 2012. On doit donc trouver une solution pour assurer le financement au-delà de cette date. Le gouvernement étant gangrené par la corruption, on préfère travailler directement avec l’association.»
Un fameux coup de main !

Pour en savoir plus : www.helping-hand.be

Laurence Delperdange
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