Peintre d’un imaginaire invisible

Mardi 12 Janvier 2010

Tout ce que l’on ne voit pas se retrouve dans les tableaux de Franck Dinant… : la profondeur d’un moment, la subtilité d’un rai de lumière, un morceau de monde foisonnant de vie, figé dans un instant coloré. Issus de son imaginaire palpitant, ses tableaux sont des voyages construits et insensés entre un « ici » où l’on n’est déjà plus et un « là-bas » où il semble que l’on nous attend…


Peintre d’un imaginaire invisible
N.C. : Vos tableaux sont extrêmement construits et admirablement soignés. Comment vous est venue cette passion du détail ?
F.D. : Par la maîtrise… Je dessine depuis toujours et je suis autodidacte. C’est en plongeant dans l’observation des peintres de la Renaissance italienne que j’ai découvert combien la peinture pouvait être sensible et expressive. Pour moi, la maîtrise d’une discipline est indispensable pour atteindre cette véritable expression. J’ai choisi des techniques simples : le crayon, la gomme, le pinceau, les godets d’aquarelle… Tout le reste se passe à l’intérieur : quand l’idée est mûre, la maîtrise de la technique permet de l’exprimer jusque dans le moindre détail. C’est cela qui est fascinant…

N.C. : Ces univers sont extrêmement élaborés. Comment les qualifiez-vous ?
F.D. : C’est mon imaginaire. C’est chez moi, mais ce n’est pas moi. Ce sont des idées qui me viennent à l’esprit et me hantent pendant des années avant de les mettre sur le papier. J’aime fouiller, j’aime les détails, je considère qu’une image arrive à maturité quand chaque partie du dessin a trouvé quelque chose à habiter. Chaque millimètre carré est étudié, il a un sens dans le tableau, un sens par rapport au millimètre carré qui est à côté. Pour le moment, je suis en train de faire une peinture à laquelle je pense depuis 15 ans et dans mon esprit, chaque millimètre carré a trouvé sa place.

Peintre d’un imaginaire invisible
N.C. : Pourquoi votre temps de gestation est-il si long ?
F.D. : Je n’ai pas de réponse à cela… L’origine de la peinture n’a souvent rien à voir avec l’aboutissement. Ce qui vient au début n’a pas vraiment de lien avec la peinture finale, même si je l’ai pensée au millimètre près. Le crayonné me permet d’installer l’espace, de l’occuper avec le ou les personnages. Au moment de passer à l’acte de peindre, il faut laisser la liberté à la peinture.

N.C. : Cet univers imaginaire, vous lui donnez un nom?
F.D. : Non, je considère que l’image est un langage en soi. Les titres sont nominatifs et pas explicatifs. C’est pour les situer dans mon parcours, ou dans une expo, mais cela n’a pas la prétention d’expliquer la peinture. C’est un espace où tout est possible. Ce sont des peintures qui demandent qu’on s’attarde, même s’ il semble que l’on a tout compris d’un regard. Elles disent beaucoup.

Peintre d’un imaginaire invisible
N.C. : L’humain est central dans vos tableaux. Vos personnages n’ont pas d’histoire ?
F.D. : Il se passe quelque chose, mais qui ne se raconte pas. Tout a un sens pour mettre le personnage en évidence. Le tableau où il apparaît est une construction onirique de ce qu’il se passe dans mon imagination… C’est un langage à part entière qui prend sa source dans ce que je vois dans la vie. Je peins des personnages dont les traits existent, dans des univers imaginés. Les détails ne sont jamais là au hasard et ces constructions me motivent : les détails d’un pli, la lumière sur une manche, des modèles de vêtements ou de chaussures sortis tout droit de mon imagination. L’objet qui accompagne l’humain est très important. Une chose qui revient d’une peinture à l’autre, ce sont ces bois qui transpercent les éléments représentés dans le tableau. Quelque chose que je ne sais pas expliquer, mais qui est graphiquement rigoureusement précis dans ma tête… Souvent, c’est la conjonction de différentes idées, qui se cristallisent autour d’un point précis, qui forment la peinture…

N.C. : Vous exposez beaucoup ?
F.D. : J’ai participé à divers salons, mais je n’ai plus fait d’exposition personnelle depuis 15 ans. Ma première expo date de 1980, j’avais 17 ans. L’exposition qui aura lieu à Nivelles a un titre : « 25 ans de peintures ». Tout mon univers sera là. C’est un événement. Cela correspond à un désir de rencontrer des gens. J’aimerais bien savoir qu’il y en a qui peignent comme moi. Je me sens un peu isolé. L’expo de Nivelles est aussi là pour ça : je rencontrerai peut-être des gens intrigués, qui entreront dans cet univers, et que je rencontrerai sur ce terrain…

Geneviève Pochet
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