Questions d’argent

Jeudi 15 Janvier 2009

L’argent, la valeur des actions, les sautes d’humeur du dollar … tous ces sujets ont toujours, d’une manière ou d’une autre, mis les hommes sous pression. La forte crise qui secoue le monde en ce moment, prouve que les valeurs, les monnaies et les échanges, sont au centre de l’économie mondiale, du plus petit épargnant aux toutes grandes puissances économiques. La bourse s’effondre, le monde entier hurle au malheur. Rassurez-vous, nous n’allons pas vous donner un cours sur la finance, non ! Seulement, cette crise grave nous a donné l’idée de parler de monnaies anciennes et des trésors retrouvés à la faveur de restaurations ou autres mouvements terrassiers. Le Musée détient plusieurs spécimens exceptionnels et plus particulièrement un coin monétaire de l’époque d’Auguste, trouvé en 1979 sur le site de Liberchies, bien longtemps après la découverte de ce qu’on appelle aujourd’hui : le Trésor de Liberchies. Une trop belle occasion de parler « sous »,
« trésors », « bandits de grands chemins », « faussaires » et tutti quanti ! Depuis la nuit des temps, certains petits futés, trouvent le moyen de devenir riches aux dépens de personnes animées de bonne foi ou un peu naïves tout simplement. Faisons un voyage au pays des monnaies sonnantes et trébuchantes. Bienvenue dans la Caverne d’Ali Baba, alias le Musée.


Questions d’argent
Battre la monnaie – un geste fort
La monnaie n’a pas toujours existé et, n’a pas non plus toujours servi à acheter des marchandises ou des vivres. Très longtemps, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’argent » était présenté uniquement sous forme de pièces et était principalement réservé au salaire des soldats dont le rôle était primordial dans les sociétés anciennes. Les pièces étaient constituées d’argent ou d’or - mais pas à l’état pur. Il était nécessaire de joindre à la matière « noble », du métal de moindre valeur, afin de pouvoir tirer un bénéfice de la frappe de la monnaie. Le métal vil, étant bien entendu vendu au prix du métal précieux !

La frappe de la monnaie nécessitait trois étapes : la purification du métal (pour obtenir un bon aloi, une teneur de qualité), la fabrication des « flans » (des disques de métal prêts à être marqués) et la frappe même de la monnaie. Cette dernière opération nécessite deux « coins », des matrices en bronze ou en acier. L’un « imprime » le côté « droit ou avers » de la pièce - l’autre « le revers ». Battre la monnaie était un travail réservé à des ouvriers spécialisés. Au nombre de trois pour l’opération, le premier en position assise devant le « coin » fixe, tenait le « flan » avec un tenaille - le second, dont la place était la moins enviable, tenait le « coin » mobile (attention la tête !) et le troisième frappait le « coin » mobile au marteau. Le « flan » - simple pièce de métal -devenait alors une pièce de monnaie par l’impression de signe d’autorité comme un portrait ou une croix. Précisons encore qu’avec un coin monétaire, on peut frapper environ 30.000 pièces. La responsabilité du matériel ainsi que la conformité de l’alliage – le grammage d’or ou d’argent requis - revenait à une seule personne – le maître de la monnaie - dont le sort, en cas de fraude, était sans appel. Le châtiment imposé avait un rapport symbolique avec la faute commise. Par exemple : le faussaire, qui fabrique de la monnaie sans en avoir le droit et qui habituellement triche au niveau de la teneur en métal précieux dans les pièces qu’il frappe, sera bouilli – oui, il sera mis dans une marmite et sera brûlé sur la place devant une assemblée de curieux. Dans ce cas précis, la fonte de l’or et de l’argent, est assimilée à la cuisson du malfaiteur. Ô cruauté ! Pas de pitié pour les fraudeurs. C’était comme ça. Comment vérifier la qualité d’une monnaie? A l’aide d’une balance de changeurs servant à peser avec précision, le poids du métal précieux (la valeur donc) des pièces mises en circulation.

Le mystère d’une trouvaille
Si vous êtes passé par le Musée au cours de la Journée du Patrimoine, vous avez peut-être entendu Sergio Boffa raconter l’histoire d’une découverte pas banale et qui n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets. C’est en 1979 que fut retrouvé un coin monétaire d’Auguste. Il s’agit évidemment d’un objet extrêmement rare qu’il convient de replacer dans son contexte historique. Le problème, c’est que ce coin ne se trouvait pas dans une couche datée de l’époque de l’Empereur Auguste, mais bien dans le comblement d’un fossé d’un petit fort construit bien après. Une explication donnée par des experts en la matière, ferait état de terres plus anciennes, ayant servi au terrassement des fossés. La présence de ce coin monétaire à cet endroit inattendu, intrigue encore de nos jours les historiens qui ne savent toujours pas s’il s’agit d’un faux ou d’un coin monétaire authentique.(voir photo du coin retrouvé et de la pièce y correspondant)

Trésor, où te caches-tu ?
De tout temps, il y a eu des trésors cachés accompagnés de tous leurs mystères et leurs fantasmes. Moins de nos jours (quoique … devant la fragilité actuelle de la valeur de l’argent, on peut se poser la question). Il est vrai qu’à une époque largement révolue, les banques n’existaient pas. Dans le quotidien, les gens mettaient leur argent dans un pot, dans un tiroir ou sous l’oreiller. Cela leur permettait d’évaluer, à souhait, leurs possessions. On ne peut pas dans ce cas-là, parler de trésor au sens propre. Par contre, en temps de crise, il était nécessaire de cacher ses biens. Certains trésors ont été retrouvés dans des lieux les plus saugrenus et – on peut presque dire – plus « définitifs ». Cela donne à supposer que ces trésors-là ont été mis à l’abri dans l’urgence, dans la panique d’une fuite ou d’un départ précipité. Ce qui intrigue aussi, c’est que personne ne s’explique pourquoi certains trésors n’ont jamais été récupérés par leurs propriétaires. On en déduit donc que ces personnes ont disparu purement et simplement. Au Musée, dans une vitrine, se trouve une petite bourse en cuir, contenant une centaine de pièces des XVIe et XVIIe siècles. Ce trésor a été trouvé dans la Collégiale dans le trou d’un mur au moment de sa restauration. Le Musée possède aussi un trésor d’une vingtaine de petits deniers brabançons mais son histoire nous est jusqu’ici inconnue.

On pourrait parler longtemps encore de numismatique … il y a tant à en dire… Ce dont nous sommes certains, c’est que Sergio Boffa, nouveau-venu au Musée, connaît son sujet à fond, et pourrait vous entretenir à ce sujet, des heures durant. Si la monnaie vous branche, n’hésitez pas – prenez rendez-vous au 067/88 22 80 – une visite s’impose !

Questions d’argent
Attention les horaires du Musée ont changé :
Le Musée est fermé le lundi - Ouvert du mardi au vendredi de 9h30 à 12h00 et de 14h00 à 17h00
et les week-ends des 2e et 4e dimanches du mois.

Marie-Marthe Schuermans
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