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Tout est dans le rienMardi 12 Janvier 2010
Anne-Françoise Jadin est une artiste joyeuse. C’est avec malice qu’elle pose son regard sur les couleurs du monde pour en capter l’essence essentielle. Nuances et profondeurs, légers voiles, spasmes : ses toiles et aquarelles s’enfoncent dans un infini sans remous, juste pour le plaisir de se laisser couler et se rattraper in extremis. Plongée dans les mers intérieures d’une artiste épanouie.
Voyage autour des mondes
La vocation artistique d’Anne-Françoise n’est née d’aucune cassure, d’aucune fuite, d’aucune frustration. Le bonheur de s’exprimer a toujours été naturel chez elle. Ses techniques, elle les a travaillées avec instinct plus que par souci d’une quelconque théorie : mots, tracés, motifs, ombres, rien n’est figé... C’est juste fugitif. Qu’est-ce qui l’a amenée au bord de cet univers où l’espace est le personnage central ? « Mes voyages, répond-elle... J’ai vécu longtemps à l’étranger : Bahrein, Abbu Dabi, New York, Los Angeles, l’Angleterre... Je suivais mon ex-mari qui travaille dans la finance. Ces déracinements et enracinements successifs, ces mondes différents de formes et de lumières ont probablement influencé mon regard pour ne plus voir qu’une chose : l’espace, l’infini. Je suis une amoureuse de la mer, de cette étendue qui semble immuable mais qui recèle des vies cachées. Il est arrivé un moment où j’ai été saturée de ces déplacements. J’ai voulu retrouver mes racines et revenir dans le Brabant wallon où j’ai toujours vécu. Après mes voyages « extérieurs », j’étais prête pour mes voyages « intérieurs ». C’est de cet instant, je pense, que ma peinture est devenue plus minimaliste... » Anne-Françoise dit aimer le « rien ». Mais le rien qui n’est pas vide, ni blanc. Le « rien » selon Anne-Françoise, est composé des couleurs dans lesquelles elle entre avec des nuances et des ombres. « Je travaille de plus en plus comme s’il y avait « rien », et pas comme s’il n’y avait rien ! C’est subtil, c’est ce que j’aime... Ce rien existe... »
Impressions de vies
Eternelle voyageuse même si elle s’est ancrée, Anne-Françoise a une prédilection pour les Carnets de voyage qu’elle emplit de ses riens. Composés partout où elle passe, de la table du déjeuner au souk de Marrakech en passant par une strotje bruxelloise, ils portent les traces d’instants précis, d’impressions qui sont passées sur le papier. Parfois, l’un ou l’autre détail se retrouve projeté sur des toiles de grandes dimensions : « Les Carnets, ce sont des détails de l’espace ou au contraire, le début de réflexions que je projette ensuite sur les grandes toiles. Ces deux « techniques », aquarelle et huile, me permettent d’exprimer mes personnalités : les Carnets sont des moments anecdotiques, la captation d’instants et de mille petites choses, que je ramène à l’atelier pour partir vers l’espace et la grande toile. Je pense me contenter de peu, mais ce peu procure une réelle intensité. L’espace me rend zen. Je laisse place à l’expression pure et puriste, et ce « rien » n’est pas gratuit. Face à mes toiles, les gens sont perplexes avant de faire le pas, puis d’y rentrer pour découvrir combien le rien peut les transporter. J’aime que la personne qui regarde le tableau l’aime parce qu’elle est rentrée dedans. J’ai de plus en plus envie de disparaître, de laisser les autres vivre, et leur donner l’espace pour le faire. C’est entrer dans une dimension sensuelle et pas intellectuelle, c’est créer un contact qui n’est pas dépendant de choses concrètes, c’est faire en sorte que la rencontre se passe plus au-dessus, dans l’espace. C’est pour ça qu’on a besoin de vide. .. »
Les « peintres ailleuses »
De sa formation de régente en arts plastiques, Anne-Françoise a gardé des qualités de pédagogue : outre les cours particuliers qu’elle donne chez elle, elle s’est associée à d’autres artistes pour organiser ensemble des séjours artistiques et didactiques à l’étranger. Accompagnées de groupes de 10 à 15 personnes, ces « peintres ailleuses » partent vers « ailleurs » dans une démarche d’initiation au « voyager autrement » : ouvrir les yeux, apprendre à regarder. Chacune avec sa sensibilité et ses qualités, Sophie Collet (pastelliste et photographe), Myriam Deru (illustratrice) et Anne-Françoise (aquarelles et huiles), rejointes depuis peu par Patrick Jacqmotte (architecte), invitent les amateurs d’art, même débutants, à découvrir Marrakech, Symi (une île près de Rhodes),la Toscane (aquarelle), la Baie de Somme (à l’hôtel Les Tourelles),le Mali et bientôt New York (en chantier). A chaque endroit, chacune guide les participants suivant ses techniques de prédilection... Ces voyages sont organisés grâce à des contacts sur place qui permettent de vivre au plus proche de l’impression artistique. Il en revient des aventures graphiques, peintes ou illustrées, fascinantes. En chacun de nous sommeille un créatif... Anne-Françoise Jadin Rue de la Fontaine, 11 1332 Genval 02/653 61 98 GSM : 0477/52 34 14 afjadin@hotmail.com Geneviève Pochet
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