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Un commandant de bord sous la loupeMardi 31 Mars 2009
Olivier Dupont, avec T, est licencié en science physique, et je dirais même plus, docteur. S’il a la tête tournée vers les étoiles, cela ne fait pas de lui un Professeur Tournesol, au contraire. Depuis 1996, il dirige la société Lambda-X, devenue au fil des ans un partenaire clé au niveau européen pour le développement d’instrumentations optiques utilisées dans l’espace. L’ESA (Agence Spatiale Européenne) ou le CNESF ( Centre National d’Etudes Spatiales Français ) lui font confiance depuis de nombreuses années et ils ne sont pas les seuls. D’autres grands noms comme PhysIOL, Carl Zeiss, Corneal... figurent sur la carte de visite de cette société de haute technologie. La passion d’Olivier Dupont, c’est de créer, d’ajouter sa contribution à l’édifice de la Science et, le moins que l’on puisse dire c’est qu’entouré de son équipe, il atteint un très haut niveau de technicité.
N.C. : De l’ULB à Lambda-X, ça s’est passé comment ?
O.D. Lors de mon doctorat, au sein de l’université libre de Bruxelles, j’ai eu à valider une expérience en mécanique des fluides en condition d’apesanteur. Ce fut mon premier contact avec l’espace. J’ai donc développé une série d’outils dans le cadre de cette expérience, outils que j’ai voulu partager d’abord avec d’autres laboratoires et ensuite que je suis allé présenter à l’ESA. C’est ainsi que j’ai obtenu mes premiers contrats avec l’Agence, comme consultant d’abord. La suite est venue naturellement. De consultant, mon équipe a voulu franchir l’étape de la réalisation, nous obligeant par le fait même de passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats. C’est ainsi qu’en 1996, à l’initiative de Paul Verhaert, de Jean-Claude Legros et de moi-même est née Lambda-X dont le but était de développer de l’instrumentation. N.C. : Quelques sont les réalisations de Lambda-X ? O.D. Nous avons développé quelque 25 réalisations pour l’ESA, des équipements qui se trouvent sur la station spatiale internationale ou qui ont volé sur des satellites russes, cinq modules de fusées-sondes... mais nous avons aussi développé des produits ophtalmiques d’une robustesse incroyable, sans pièces mobiles et qui remplissent la fonction qu’on leur demande. N.C. : D’où vient ce nom ? O.D. C’est tout simple. Lambda, c’est la lettre grecque qui symbolise la longueur d’onde, donc intimement liée à la lumière et X, pour toutes les longueurs d’onde. Ce n’est pas plus recherché que cela. Ça nous permettait de nous définir comme étant une société à large spectre au niveau des développements possibles. Nous avons démontré notre savoir-faire dans la qualité de nos réalisations.
N.C. : Pourquoi avoir choisi Nivelles pour vous implanter ?
O.D. Le choix s’est fait presque accidentellement. Nous étions, au départ, intimement liés à l’ULB et en rendant visite au CRIA, à la société EHP qui se trouve juste en face ou à Solvay Entrepreneurs, nous avons découvert un peu par hasard ce bâtiment libre et qui correspondait exactement à ce que nous cherchions. Progressivement, on s’est rendu compte que Nivelles occupait une situation stratégique importante. Les aéroports de Charleroi et Zaventem sont proches, le réseau routier dense nous permet de relier rapidement toutes les universités francophones et enfin, Nivelles occupe une position centrale pour l’équipe qui travaille ici. Ce qui était au départ une opportunité, s’est révélé être un excellent choix. Pour rien au monde,on ne quitterait cette zone. N.CI. : Comment concevez-vous votre job de manager ? O.D. Il y a trois aspects importants. Le premier, c’est de faire connaître la société tout en lui gardant son esprit d’origine, sa cohésion. La particularité de notre société, c’est qu’elle n’a pas été créée à partir d’une technologie précise mais c’est une équipe de techniciens, de physiciens, de docteurs venant de différentes universités. L’esprit de Lambda-X, c’est son ouverture d’esprit, sa manière collective de travailler autour d’un projet. Conserver cet esprit est pour moi essentiel. Le second, c’est de poursuivre la réussite du transfert d’une équipe de chercheurs en une équipe d’industriels notamment pour obtenir de nouveaux marchés, ce qui actuellement est une tâche assez compliquée. En tant qu’industriel, vous vous engagez à être le plus proche possible d’une solution qui a été négociée avec le client. Il y a donc une imposition de résultat. Et enfin, le troisième aspect de mon travail de manager, c’est de trouver une stratégie à long terme et des axes de développement qui permettront la croissance de la société. C’est à dire, à partir d’une équipe relativement modeste, de découvrir les axes stratégiques dans lesquels les compétences extrêmement pointues de chacun peuvent s’exprimer. La difficulté est alors de passer de l’idée à la réalisation finale du produit qui pourra être commercialisé. C’est vraiment un aspect très motivant de mon travail de management.
N.C. : Quelles sont vos passions ?
O.D. Ma passion, c’est voler. Comme tous les enfants, j’ai rêvé d’être pilote mais comme les problèmes ophtalmiques étaient rédhibitoires, j’ai changé d’orientation professionnelle... tout en gardant cette passion bien ancrée en moi. Je l’assouvis maintenant dès que le temps le permet en pilotant un planeur. J’ai aussi obtenu ma licence pour piloter un moto-planeur et un avion. Bientôt, j’aurai celle pour piloter un avion remorqueur. Dans ce club basé à Temploux, j’ai été administrateur pendant presque 15 ans et président durant les 3 dernières années... Maintenant, j’y vais juste pour voler et plus pour résoudre les problèmes. N.C. : Qu’est-ce qui vous plaît quand vous volez ? O.D. Au niveau vol à voile, c’est le challenge de tirer parti d’une journée avec ce qu’elle a de bon et ce qu’elle a de mauvais pour optimiser le circuit en allant le plus loin possible et revenir. C’est une gestion, une stratégie de son vol... mais c’est aussi simplement la passion de ce qui est beau, une activité qui me permet d’être seul, de profiter du paysage, de voler avec les oiseaux, d’être libre. Voler, c’est me déconnecter totalement de toute autre activité. L’avion, c’est un peu différent. J’avais envie d’un bagage plus technique et de pouvoir effectuer des vols internationaux. N.I. : La crise… un mot qui sonne juste ou qui sonne faux pour vous ? O.D. : Nous avons actuellement trois secteurs d’activité mais il n’en a pas toujours été ainsi. En 2002, on a décidé d’étendre notre activité aux applications industrielles. A cette époque, une navette a explosé lors de son retour entraînant un arrêt de l’activité au niveau spatial et on s’est rendu compte de ce que cela pouvait entraîner à notre niveau et donc de l’importance de nous diversifier. Pour le secteur spatial, les moyens mis sur la table en Belgique, entre autres par le soutien de la Ministre Laruelle, amènent une certaine stabilité au niveau des équipes actives dans ce secteur. Le volet ophtalmique quant à lui est assez épargné car il est du domaine du biomédical. Les délais sont un peu plus longs mais comme nos équipements sont valables, ils débouchent sur des ventes. Ce que la crise a changé pour nous c’est que l’on travaille de manière plus fractionnée pour permettre une porte de sortie à l’entreprise si elle considérait que sa demande n’entrait plus dans ses axes prioritaires. N.C. : Quelle personnalité admirez-vous ? O.D. Je pourrais nommer un scientifique mais j’ai envie de citer Victor Horta. Il a donné un aspect nouveau à l’architecture. C’était un homme en avance ou hors de son temps. Il a marqué son époque par son côté visionnaire, par une utilisation originale des matériaux conférant à ses réalisations des formes naturelles et belles. De manière générale, je suis sensible à l’art. Je suis particulièrement admiratif devant ces artistes qui arrivent à traduire des sentiments à travers un dessin, une sculpture, une composition musicale... N.C. : Que recherchez-vous chez vos collaborateurs ? O.D. Évidemment, et cela va de soi, un certain degré de compétence technique. Mais une fois ce premier filtre passé, c’est la possibilité de travailler en équipe. Ici, on ne laisse jamais quelqu’un seul dans son coin. Nous faisons beaucoup de réunions de travail où les problèmes sont posés, les solutions exposées et discutées en interne. L’individualisme ici est rejeté. Ce qui compte, c’est l’entraide. N.C. : L’équipe de Lambda-X provient d’universités différentes et mêmes étrangères. Quel est l’avantage ? O.D. Lorsque nous avons à aborder un problème, ces personnes venant d’horizons distincts apportent un panel de visions, de technologies différentes pour arriver à le résoudre le plus complètement. Toute technologie a ses limites et ce qui est intéressant c’est, pour le domaine de l’optique, de combiner différentes technologies et donc d’optimiser la réponse à un problème posé. N.C. : Quel sentiment est engendré par votre réussite ? O.D. : La satisfaction du travail bien fait. C’est la démonstration que l’on avait raison d’aller dans cette direction tout en sachant que, quelle que soit la réussite actuelle, ce n’est qu’une étape pour notre société basée sur l’innovation. Luc Pieltain
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