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Un dernier pour la route ?Mercredi 10 Mars 2010
François Pirette nous revient avec une nouvelle tournée. Plus de 15 dates sont prévues d’ici mai. Le 20 mars, il s’arrête chez nous peut-être pour la dernière fois… La tête pleine de projets, il nous a confié les doutes, les envies et les questionnements d’un artiste en mutation. Rencontre vérité.
N.C. : A l’approche de votre nouvelle tournée – qui débute en mars - quel est votre état d’esprit ?
F.P. : Je suis ravi. Et, même si c’est un petit pays, je vais pouvoir retrouver des gens que je n’ai plus vus depuis longtemps : des responsables de théâtre, des restaurateurs, des amis et le public bien sûr. C’est agréable d’être plébiscité par des records d’audience à la télévision mais cela ne suffit pas car vous n’avez pas de prises directes avec eux. Les rencontrer chez eux, c’est beaucoup plus fort et je suis très heureux de cela même s’il est vrai que je suis tellement occupé à traiter d’autres urgences dans mon boulot que j’attends vraiment la fin de semaine prochaine pour me glisser dans mon costume de comique. Je suis un peu dans le même état d’esprit qu’avant de partir en vacances quand on veut régler certaines choses et remettre un peu d’ordre dans ses placards pour partir le plus tranquille possible. N.C. : Il s’agit d’un spectacle éponyme. Que pourra-t-on y découvrir ? F.P. : Lorsque je vais monter sur scène au mois de mars, cela fera, à peu de choses près, trois ans que je n’ai plus entrepris de tournée. Entre mes projets de télé et les quelques dates que j’ai faites à Paris, je n’ai plus eu le temps de le faire. Cela fait donc trois ans que j’écris des textes qui n’ont jamais été joués 2 fois et c’est un peu frustrant car cela représente l’équivalent de 5 spectacles qui n’ont été joué que pour la télévision. Pour ne les avoir jamais joué en direct devant un public, je n’ai jamais eu l’occasion de les faire évoluer. J’ai donc voulu rassembler certains sketches dans un vrai spectacle avec une mise en scène originale. Il y aura aussi des inédits et des sketches auxquels je tiens comme par exemple celui des majorettes que j’interprétais dans « Boriwood ». N.C. : Vous avez 25 ans de carrière à votre actif avec de nombreux personnages récurrents avec une personnalité très forte. Les retrouvez-vous toujours avec le même plaisir ? F.P. : (rires) Si j’étais malin je dirais « non, bien sûr » mais, comme je ne le suis pas, je vous dirais que je n’ai pas de lassitude mais une crainte, celle de lasser le public. J’ai cette peur depuis un moment déjà. Il y a 6 ans, par exemple, j’avais pris la décision sincère non pas d’arrêter car je n’en avais pas les moyens mais de ranger mes personnages au placard pour un long moment parce que j’avais peur de lasser. Je me disais que si je me posais la question, le public n’allait pas traîner à se la poser également. Il m’est d’ailleurs arrivé une petite anecdote à ce sujet. Quelques jours après une représentation à Forest National, je me suis retrouvé à jouer à « La Tartine », une toute petite salle de 150 places à Lasnes où il y avait un fan dans la salle. J’étais tellement convaincu que je ne jouerais plus certains personnages que je lui ai offert deux perruques : celle avec les bigoudis et celle de Nathalie ! Il m’a donc fallu en retrouver par la suite ! Et, pour le moment, je suis de nouveau dans le même état d’esprit qu’à l’époque, je trouve que certaines perruques commencent un peu à me serrer la tête. Je m’aperçois que tous les personnages ne me motivent plus autant. Peut-être que cette tournée-ci sera la dernière, sous cette forme-là en tout cas. J’ai envie d’être sincère avec vous, le public et moi-même et je dois avouer qu’il est vrai que je me pose la question. N.C. : Cela signifie qu’on peut s’attendre à une prise de risque prochaine de votre part ? F.P. : Je crois effectivement qu’il est temps pour moi d’amorcer le virage dans une autre direction. J’ai déjà vécu cela il y a 15 ans, lorsque j’ai arrêté du jour au lendemain mes canulars téléphoniques et que personne ne comprenait ma décision d’arrêter en plein succès. La réalité est que je n’en pouvais plus, je ne prenais plus de plaisir. Actuellement ce n’est pas encore le cas mais je crois que je ne vais plus pouvoir encore longtemps raconter des histoires avec les mêmes personnages. Je crois avoir épuisé toute l’inspiration que j’ai pour pouvoir tenir encore longtemps avec le même cheval de bataille. A un moment, il faut savoir changer et certains détails me font dire qu’il est temps. Par exemple, la semaine dernière, alors que je fêtais mes 47 ans, un détail m’a fait prendre conscience que quelque chose n’allait plus : le personnage avec les bigoudis que j’ai inventé il y a 15 ans en lui donnant 45 ans est aujourd’hui plus jeune que moi. Et je ne veux pas qu’il arrive la même chose avec Amédée !
N.C. : Vous êtes actuellement en pleine remise en question ?
F.P. : Oui, effectivement. En réalité, je m’aperçois que j’ai peur de me laisser piéger par la paresse. Il m’arrive de me dire que c’est un travail difficile. Après chaque spectacle, je me demande ce que je vais bien pouvoir raconter de nouveau. J’ai l’impression d’avoir tout fait et je ne veux pas risquer de me répéter. J’ai donc envie de changement, de pouvoir raconter d’autres choses pour surprendre sans décevoir. Mais je vous rassure, je ne vais pas tout arrêter pour ouvrir un restaurant – même si j’y songe ! – mais je pense à prendre une autre direction. N.C. : Vous vivez en France depuis quelques années. Vous n’avez jamais le mal du pays ? F.P. : Ce qui me manque principalement de la Belgique, indépendamment de ma famille dont mes parents et mes deux grandes filles qui y vivent toujours, c’est l’amusement. Nous avons en Belgique une manière de faire la fête qui n’existe absolument pas en France. Mais en ayant une vie de père de famille respectable, je ne peux pas me dire que cela me manque tous les jours. Mais quand j’ai l’occasion de le faire, je ne la loupe pas. J’ai raté l’an passé le Doudou à Mons car je préparais mon mariage mais cette année, je compte bien y aller et emmener des amis français. Au quotidien, je garde énormément de contacts avec la Belgique et ce qui fait son actualité. Par les journaux que je consulte sur internet ou par ma famille à qui je téléphone presque tous les jours. Et puis pour les besoins de mon travail sur Bel RTL, je suis très attentif à ce qui se passe en Belgique et je pense même que je le suis plus encore que certains qui y vivent. N.C. : Il y a quelques mois, vous lanciez un projet destiné à lancer de jeunes humoristes. De quoi s’agit-il et où en est-il aujourd’hui ? F.P. : Il y a presque un an, j’ai effectivement lancé sur le net un appel que je pensais être assez confidentiel mais qui ne l’est pas resté longtemps. Celui-ci avait pour but de rencontrer des jeunes humoristes et de leur tendre la main, exactement comme Jean-Lou Viseur l’avait fait pour moi. J’ai eu cette idée en le retrouvant lorsque j’ai fêté mes 25 ans de métier, je me suis souvenu que j’ai eu cette chance d’avoir rencontré par hasard une personne qui m’a proposé de faire de la radio alors que rien ne me prédestinait à cela. Je me suis alors dit qu’il n’y avait pas de raison que d’autres jeunes n’aient pas cette chance. Cependant, une pneumonie et la préparation de mon mariage m’ont obligé à reporter ce projet mais il n’est pas oublié, loin de là. J’ai conservé les coordonnées de tout ce petit monde et je compte bien le rencontrer et l'associer à ce projet télé dont je vous parlais. N.C. : Outre la tournée, quelles sont vos autres activités ? F.P. : Actuellement, j’anime des rendez-vous quotidiens à la radio – sur Bel RTL, ce qui me demande beaucoup de travail car je ne peux pas me permettre de prendre beaucoup d’avance car je tiens à rester fidèle à l’actualité. Ensuite, je travaille aussi au montage de mes prochains rendez-vous à la télévision. Aujourd'hui, je ne peux pas encore en dire davantage car nous n’en sommes qu’au dépôt des grandes lignes et le projet doit encore être peaufiné avec RTL-TVI. N.C. : A 47 ans, quel bilan tirez-vous de votre carrière ? F.P. : Je suis conscient de ce que j’ai malgré tout pu réaliser. Les tonnes de papiers que j’ai accumulés et les DVD sont là pour me le rappeler. J’ai fait de bonnes choses et de plus médiocres mais ce n’est pas pour autant que j’ai construit quelque chose d’inoxydable, de durable. Si j’avais 25 ans, je ne poserais pas ce genre de constat mais j’ai 47 ans, j’ai mis du temps à faire ce que j’ai fait et, au final, la route qu’il me reste à parcourir va peut-être changer de direction. A ce jour, j’ai payé mes dettes et je n’ai pas un balle donc tout est à construire ! Je suis dans l’état d’esprit de quelqu’un qui peut tout entreprendre. Et je suis en pleine forme qui plus est ! Je suis entouré de plein de gens qui me boostent et heureusement car, malgré les records d’audience ou de tout le reste, je ne considère pas pour acquis ce qui m’a occupé toutes ces années. Clarisse Michaux
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